Vendredi 13 sur… Managua, Londres, Paris et Dakar (Par Moustapha DIOP)

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Dans la nuit du 12 Juillet, la constellation s’est scellée (4) nouveaux points cardinaux….de contestation, articulés autour de (4) capitales sur (3) continents. Le lendemain, vendredi 13, on aurait pensé que des franges importantes des populations de ces (4) capitales s’étaient entendues, pour faire bouger les lignes dans leurs pays respectifs. Pacifiquement certes, mais avec toute la détermination et la solennité qui sied, elles ont tenu de la façon la plus massive et expressive, à exprimer leurs courroux à qui de droit.

Managua, capitale du Nicaragua en reconstruction. Ce pays latino-américain longtemps balloté par un clivage «dictature et guérilla», à peine assoupli d’un cycle de guerres civiles interminables (au summum des dérives et des exactions) dont, les populations, furent les seules à payer les lourds tributs. Le Nicaragua, à la croisée des chemins, est comme rattrapé par les démons de l’apocalypse d’antan.

Et, il est assez affligeant que celui qui émergea de cette période trouble qui avait fini autour d’une table ovale de dialogue : Daniel Ortega (pâle copie de Che Guevara) en soi devenu le principal instigateur. Lui qui était parvenu assez aisément à troquer sa tunique de ‘’leader-maximo- sandiniste’’ contre le complet-veston de «Présidenté», devenant ainsi, un personnage inamovible de la République depuis 1984. Aspirant toujours à un énième mandat, malgré plus de 35 ans de pouvoir discontinu,

‘’Le pouvoir rend fou, et le pouvoir absolu rend absolument fou’’. Le jeune révolutionnaire marxiste-léniniste pur et dure qu’il fut, est devenu au fil des temps, un despote éclairé qui dirige aujourd’hui, avec sa femme (vice-présidente), un pays exsangue, affamé et assoiffé. Un Danièle Ortega, isolé, irascible, aphone à tout. Insensible aux appels et recommandations des institutions politiques locales et communautaires ainsi que celles des socio-œcuméniques. Ces dernières qui tant bien que mal, parvenaient à réguler les tensions sociales, ont aujourd’hui, basculé vers l’opposition.

Renvoyant aux calendes grecques, les demandes populaires de renouvellements des suffrages pour atténuer les affres de sa mal gouvernance, ‘’El Présidenté’’ s’accroche à son régime qui semble avoir franchi la ligne avec plus de 300 morts en 3 mois de contestation et de résistance populaire.

Qui l’eut cru ? Quel tribun captivant et rassurant il fut pourtant, cette icône de la jeunesse, pétrie de valeurs marxiste-léniniste et d’un socialisme presque débonnaire : on lui donnerait le bon dieu sans confession. Inconcevable qu’il soit devenu ce dictateur sanguinaire irascible.

Ce vendredi 13, ils ont été des milliers de nicaraguayens, drapés des couleurs du pays (bleu/blanc) sevrés des clameurs de la «Copa mondial», à converger compact et silencieux vers le bunker infranchissable du dictateur et, ils ne s’en lasseront jamais jusqu’à la victoire finale. Daniel Ortega se fera-t-il raison en quittant le pouvoir sur la pointe des pieds, comme il avait obligé son prédécesseur (Somoza) à le faire (35 ans) auparavant. Malgré la puissance de feu de sa Garde Républicaine.

Cette situation cauchemardesque dans cette lointaine Amérique latine nous donne frayeurs, frissons et appréhensions : «Toute chose étant égale par ailleurs» comme aimait à le seriner l’autre, dans ses débats politiques. Pour dire trivialement que : «Ce qui se passe ailleurs dans des contrées aussi lointaines fussent-elles, peut se passer dans nos murs». C’étaient d’ailleurs le sempiternel argument de l’opposition du Sénégal d’alors, aujourd’hui tout puissant pouvoir ; pour sensibiliser les populations sur «les dérives du pouvoir libéral de Wade».

Ce n’est guère faire preuve de catastrophisme que de souscrire à cette axiome, les revendications et les aspirations des peuples se désaltèrent toutes à la même source. A l’analyse des analogies des contextes et/ou des tribulations sociétales, l’on peut sans conclusions hâtives, appréhender le déroulement et l’achèvement final de ces genres de dégradations socio-politiques.

(Ce même vendredi 13) – A environ 8500 Km du Nicaragua, à Londres, bien que tous les sujets de sa majesté vivaient d’intense moment de fébrilité à l’idée de trôner à la 3éme place du podium du foot mondial, une masse de Citizen, affranchie de cette émotion collective, investissait les alentours du parcours qu’allait emprunter le  (special number one) – Donald Trump, pour lui signifier qu’il était persona non grata pour sa première visite officielle au Royaume d’Angleterre.

Une contestation qui traduisait symboliquement l’aversion des jeunesses du monde à l’endroit de ce paragon de l’America-first. Un slogan ignominieux du repli sur soi, de l’apologie de la xénophobie avec sa cohorte de dérives : (fusillades dans les lycées, dérives policières à l’encontre des afro-américains… de crimes racistes et crapuleux, presque adoubés par des instances délibératives avec systématiquement, des peines toujours disproportionnées aux délits pour les coupables blancs. Toutes ces dérives ont battu les raccords durant son mi-mandat. Last but not least, sa scélérate option de migration tolérée (séparation des enfants avec leurs parents aux frontières des Etats-Unis.)

Cette marche citoyenne de Londres en ce Vendredi 13 conduite par une jeunesse engagée sur Trafalgar Square et environs, précisément devant les grilles de l’ambassade US, s’est substituée quelque instants aux éminentes composantes du ‘’G 8’’ qui ont tendance à avaler trop docilement les couleuvres que Trump leur jette sans courtoisie. Ces citoyens ont tenu à dire Stop à ‘’Captain America ’’. Stop aux tweets désinvoltes et ubuesques qui déconstruisent tous les modèles consensuels universels de vivre en commun (environnement, économie, sécurité et migration).     Rien que par ressentiments de négation à la gouvernance à son prestigieux prédécesseur.

Hasard d’un calendrier phénoménal (Vendredi 13 synonyme de trahison (Judas) : prémonition de chute et de perte de prestige ; ou tout simplement, prémisses de cycles de bouleversements sociaux dans le monde. En tous les cas, ce fut une aubaine pour l’opposition du Sénégal de se rappeler au bon souvenir du pouvoir et des populations. Elle qui était en hibernation depuis le 19 Avril (jour du vote du parrainage), malgré, à sa portée, un gisement d’éléments catalyseurs pour secouer à tout moment, un pouvoir relativement peinard.

L’opposition s’est répandue dans Dakar et Paris ce vendredi 13, sans folklore ni dérives, nantie d’un package détonant dont les éléments les plus saillants sont enfilés de façon alarmantes (détournements de deniers publics impunis, tripatouillage de la constitution, famine, pénurie d’eau, santé, résurgence des délestages…mal vivre). Cerise sur le gâteau : L’arrêt de la cours de la CEDEAO –adoubé et amplifié par les déclarations de son non moins Président (sénégalais) du parlement de son parlement, ainsi que, l’Auguste procureur général de la République, revisitant l’éclairante sentence «DURA LEX, SED LEX».

L’encombrant Khalifa Sall pose énormément de problèmes et, ils (le pouvoir) n’ont qu’à s’en prendre à leur ploutocratie excessive et infantile (tout le pouvoir pour eux). Qu’il soit libéré ou qu’il soit toujours embastiller (au-delà de toute intelligence et logique) le retour dévastateur de ce boomerang et imparable. Pourquoi, ne feraient-ils pas comme pour Karim Wade «élargi pour des raisons humanitaires…». Pourquoi ne pas libérer le député-maire de Dakar pour aller réconforter sa Mère – très, très âgée- Tout le monde en sort soulagé. Lorsqu’on est sûr de gagner son 2éme mandat au premier tour, de quoi avoir peur d’un prisonnier qui aura besoin de prendre (3 mois de cure) pour se requinquer. Il ne lui restera que quelques petits mois. Allons….Oser !

L’opposition aurait tort de se frotter les mains et de voir ailleurs. Même si la marche a semblé atteindre ses objectifs, son traitement plus ou moins parcimonieux, majoritairement par une certaine presse, elle doit se convaincre de l’immense effort de résilience à fournir. D’autant qu’elle lui manque cruellement d’éléments réflecteurs, d’amplificateurs, tels ceux qui ont sonné le tocsin à Wade et dont les élites sont généralement toujours lovés sur de moelleux coussins de velours marron-beige. De l’autre côté, les exubérants ‘’possees’’ du Rap-Politik de l’époque, ont tous leurs logiciels bogués depuis le départ de Wade. Ni plus visibles, ni plus audibles.

Moustapha DIOP     

Source : SeneNews.com

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