Procès pour terrorisme : Les avocats de l’Imam Ndao et de Diokhané plaident l’acquittement

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Les avocats de l’Imam Ndao ont eu la parole pour faire leurs plaidoiries dans l’affaire de terrorisme au Sénégal. Auparavant, le conseil de l’accusé Matar Diokhané, qui encourt la perpétuité, est monté au créneau pour réclamer l’acquittement de son client. Quant aux avocats de l’Imam Ndao, ils restent convaincus de l’innocence de leur client.

 Le procès de l’Imam Ndao et Cie a repris, hier, avec la suite de la plaidoirie de Me Seyni Ndione. Ce dernier a indiqué à la barre que la procédure dirigée contre son client, Cheikh Ibrahima, est nulle et non avenue. Et selon lui, quand on doit condamner une personne à une peine aussi lourde qu’est la perpétuité, on doit respecter ses droits. « Les droits de mon client ont été violés car ayant été entendus sans la présence de ses avocats. Il n’a jamais prêté d’acte d’allégeance à Moussa Mbaye. Pas une seule fois, il n’a eu à participer aux entrainements. Pas une seule fois, il n’a eu à conduire un char. Il n’y aucun acte matériel qu’on peut lui imputer de nature à engendrer des violences ou des morts. Il y a aucun accusé qui a eu à avouer que mon client a appris le maniement des armes », a-t-il déclaré. A l’en croire, ce dossier pose des questions hypersensibles et parfois compliquées. « Boko Haram est le bras armé de la CIA pour contrecarrer les revenus chinois. N’oubliez pas que Boko Haram n’était pas né pour les confréries. Et c’est sur la base d’information donnée par la Cia que l’armée nigériane a attaqué Mohamed Youssouf, le fondateur de Boko Haram », a révélé l’avocat. Avant de continuer : « le pays qui est supposé être victime (Nigéria) ne les poursuit pas, et nous, le Sénégal, le faisons à leur place. Si les faits pour lesquels ils sont poursuivis étaient avérés, c’est le Nigéria qui les poursuivrait. (…). Le terrorisme n’est pas islamique, il est idéologique. Ces messieurs-là ne cherchent pas une revanche contre les confréries ».

 

Me Cissé : « Rien n’atteste que des investigations sérieuses ont été menées »

A sa suite, la parole a été donnée à Me Alassane Cissé, avocat de Matar Diokhané. La robe noire a demandé l’acquittement de son client qui, on le rappelle, risque la réclusion à perpétuité. « Tout le monde est en train de nous regarder. Il y des personnes avec des motivations parfaites qui sont en train de nous regarder. Le droit de juger n’appartient qu’à la seule justice. Il n’appartient pas aux médias, il n’appartient pas aux mouvements. Vous ne vous appuyez que sur la loi pour juger. Les procès de nos jours ressemblent toujours aux guerres modèles. Parce que la première victime, c’est toujours la vérité », semble regretter l’avocat. Poursuivant, Me Cissé a martelé qu’une atteinte a été portée à l’honneur de ces personnes. Les enquêteurs décrivent des évènements qui se seraient passés au Nigéria sans pour autant y être, incriminant ainsi une trentaine de personnes, les diabolisant et installant la peur et la psychose dans ce pays. Parlant de son client, il a soutenu que « les enquêteurs se sont renseignés sur Matar Diokhané. On les a informés de l’exemplaire comportement avec lequel Matar Diokhané a toujours fait montre. Mais, je m’étonne que ces qualités de Matar Diokhané n’aient pas été rapportées dans le procès-verbal. Pourquoi ? Parce qu’on veut vaille que vaille trouver un terroriste. Où se trouvent les faits correspondants à des incriminations aussi graves ? Ce dossier parait plus spectaculaire que grave. Je trépignais d’impatience de voir les faits imputés à Matar Diokhané. Ce sont des poursuites à l’aveuglette. Rien n’atteste que des investigations sérieuses ont été menées ».

 

« Les véritables terroristes, s’ils existent, ils ne sont pas dans cette salle »

S’adressant au tribunal, Me Alassane Cissé a lancé : « vous, le rempart contre ces sentiments d’insatisfaction, à travers la motivation qui sera celle de votre juridiction, nous avons besoin de comprendre quelle est la passerelle qui existe entre le procureur et le juge d’instruction. Je ne parle pas de l’enquête parce que je ne lui donne aucune validité. Il est significatif que le ministère public ait revu très largement à la baisse les charges qui avaient été retenues contre Matar Diokhané. Tout le monde l’a entendu dire qu’aucun acte de terrorisme n’a été posé par Matar Diokhané. La justice ne doit pas être aléatoire et les règles sont d’une précision tel que lorsqu’on est poursuivi en justice, on doit savoir à quoi s’attendre. Il n’y a pas de place pour l’insécurité judiciaire ». Pour la robe noire, Matar Diokhané n’est pas membre de Boko Haram. Il a reçu une proposition de contrat. Et, il s’est rendu seul sur les lieux de son travail. « Cela signifie qu’il n’a embarqué personne pour aller au Nigéria et que lui-même n’a été embarqué par personne pour aller au Nigéria. Si Matar Diokhané était un membre actif de Boko Haram, les enquêteurs nous auraient démontré en quoi il a posé l’un des actes quelconques qui justifierait sa responsabilité pénale. La première arme de Matar Diokhané, c’est sa foi, son courage et ses connaissances. Quand il allait rencontrer Shekau, il ne connaissait pas. Il ne l’avait jamais rencontré et ne savait pas à quoi ressemblait l’inconnu », a-t-il dit. Toujours dans sa plaidoirie, Me Alassane Cissé rappelle que « si Matar Diokhané a réussi à faire libérer les Sénégalais qui étaient dans le fief de Boko Haram, c’est parce qu’il fut éloquent et brillant devant Aboubacar Shekau. Le ministère public ne veut pas admettre cela. Il veut acculer Matar Diokhané. Mais, les territoires qui servent de bastion à Boko Haram n’ont rien à voir avec les seuls sols que Matar Diokhané a foulés de son pied, avec tout le temps qu’il a séjourné au Nigéria, hormis cette seule fois où on l’a amené chez Aboubacar Shekau. Les véritables terroristes, s’ils existent, ne sont pas dans cette salle ».

 

« Un esprit de poursuite doit être un esprit positif et non pas un esprit qui ne voit que le mal »

Terminant sur l’apologie du terrorisme pour laquelle son client est également poursuivi, Me Alassane Cissé a dit que c’est la loi sur la presse en 1881 qui prévoyait le délit d’apologie du terrorisme. C’est en novembre 2014 qu’elle a été insérée dans le code pénal. « Je veux dénoncer la précipitation avec laquelle on a pris ce délit d’apologie de terrorisme pour le plaquer dans cette affaire et l’appliquer aux personnes qui sont poursuivies. Je pense que le législateur doit avoir un certain recul par rapport à la convocation de certains textes. L’apologie est un délit qui pose énormément de difficulté en termes d’élément moral. Dans l’esprit du législateur, en tant que délit de droit commun, l’apologie du terrorisme doit être appliquée à des personnes profondément sûres de ce qu’elles disent », a-t-il dit. Avant de conclure : « Matar Diokhané n’a jamais tenu de discours intimidant à personne. Doit-on dans ces circonstances prendre au sérieux une argumentation selon laquelle Matar Diokhané fait l’apologie du terrorisme ? Une accusation, quelle qu’en soit l’étouffement, doit être établie avec sérieux. Je pense que cette infraction d’apologie du terrorisme n’a pas sa raison d’être. Un esprit de poursuite doit être un esprit positif et non pas un esprit qui ne voit que le mal. Le préjugé est la raison pour laquelle toutes ces personnes sont poursuivies ».

 

Me Diouf : « Il n’y a pas d’infraction concernant la détention de l’arme qu’on a trouvée chez Alioune Ndao »

Concernant l’argent reçu au Nigéria, l’avocat dit qu’il s’agit de 3000 nairas. « Il les a reçus au Nigéria. On nous dit que cet argent était destiné à financer le terrorisme. Je pense que si on finançait le terrorisme avec cette modique somme, le terrorisme ne réussirait pas au Sénégal. C’est de manière surabondante qu’on le poursuit pour l’infraction de financement du terrorisme. Je n’ai vu aucun élément permettant d’établir la moindre des infractions retenues contre lui. J’ai la sérénité de savoir qu’aucun élément a chargé n’a été démontré contre Matar Diokhané au point qu’il puisse être condamné à la perpétuité. Je pense que votre juridiction n’aura aucune difficulté à l’acquitte », a conclu l’avocat. La parole a ensuite été donnée aux conseils de l’Imam Alioune Ndao. Et C’est Me Mamadou Kabibel Diouf qui a pris la parole en premier. « Il n’y a pas d’infraction concernant la détention de l’arme qu’on a trouvée chez Alioune Ndao. On ne peut pas condamner des accusés en disant qu’ils se sont associés ou qu’il y a une entente. Vous avez en face de vous 30 personnes. C’est un nombre interminable de connexion. S’il n’y a pas d’actes préparatoires, il ne peut y avoir d’association de malfaiteurs. Pour ce qui concerne l’apologie, il faut des actes concrets tels que la diffusion des vidéos qui sont dans l’ordinateur de l’Imam Ndao. Ce dossier a été surmédiatisé. On en a parlé en long et en large. Je pense que l’imam Ndao est un faiseur de bonne action », a-t-il dit. L’audience reprend aujourd’hui avec la suite des plaidoiries des avocats de l’Imam Ndao.

Cheikh Moussa SA


Source : Rewmi.com

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