Procès Khalifa Sall: Le déficit de sérénité dans les débats

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La presse s’est épanchée, hier, sur une polémique houleuse entre le Président de la Cour d’Appel, Demba Kandji, et l’avocat de la défense Me Mbaye Sène. Le juge n’a pas du tout apprécié l’évocation par l’avocat de dossiers qui dorment dans le tiroir de la Cour d’Appel. Il a prévalu alors manifestement une atmosphère peu propice à la sérénité des débats. Heureusement que l’audience a été renvoyée.

La preuve, le juge a cru devoir préciser que ‘’le débat politicien ne (l’) engage pas’’. Et l’avocat de répondre sur le même tempo en disant qu’il n’est pas un ‘’politicien, mais un avocat de la défense qui défend des intérêts’’.

Il reste alors évident que la méfiance et la circonspection règnent entre les acteurs de la Justice embarqués dans une aventure dont ils ne faisaient pas partie, à l’origine. Demba Kandji n’a jamais pensé hériter d’un tel dossier et le choix des avocats de la défense obéit, parfois, à ce même hasard, celui-là qui fait que c’est Me Sène et non Me Diouf qui prend la parole.

Nous savons, comme René Floriot, que la vérité judiciaire tient à un fil, donc à peu. Si l’on rajoute de l’antipathie entre acteurs, cela risque d’impacter négativement sur le verdict et pourrait coûter cher au prévenu.

Ce que nous voulons dire par là, c’est que quelle que soit la volonté de l’avocat, sa détermination et parfois sa passion à défendre son client, ce n’est pas lui qui est à sa place en prison.

Si donc, du fait de sa fonction de représentation, l’avocat peut se substituer au client, cela ne doit pas pousser les juges à l’identifier à lui. Me Sène n’est pas un politicien, sans aucun doute. Celui qui l’est, c’est Khalifa Sall qui est dans le box des accusés. Or, ce n’est pas Khalifa Sall qui crée des incidents d’audience, qui parle de dossiers qui dorment dans les tiroirs.

Malheureusement, le jeu de la justice est tel que ceux qui sont jugés sont comptables des agissements de leurs avocats en bien comme en mal. Car, les juges ne font pas toujours la part des choses. Ils pensent, comme dans l’Affaire Karim Wade, que les avocats les regardent de haut en les traitant de valets de l’Exécutif. Ils deviennent souvent alors agressifs parce que sous la défensive et susceptibles. Cela ne veut nullement pas dire que les arguments avancés par le juge ne sont pas pertinents.

Cela veut dire que l’évocation par ce dossier du caractère ‘’politique’’ des débats est un mauvais présage pour Khalifa Sall.

Le magistrat se dit, manifestement,  qu’il est en train d’être assimilé à l’Exécutif, au pouvoir alors qu’il ne l’est pas.

Or, c’est un truisme de dire que ce que les Sénégalais attendent, c’est que le droit soit dit et bien dit. La raison pour laquelle les citoyens interjettent appel, c’est de croire que leurs droits seront mieux respectés.

Notre Justice a alors intérêt à refléter une meilleure image pour redorer son blason terni par des affaires politico-judiciaires gênantes, par ailleurs pour tout le monde. Les poursuites sont sélectives, les condamnations lourdes d’opposants pendant que certains, épinglés par des institutions de contrôle, se la coulent douce. Dans ces conditions, le sentiment d’injustice envahit la population qui doute de la crédibilité de l’institution chargée de dire le droit. On a même vu une ‘’grâce conditionnelle’’ pour ne citer que cet exemple.

Dans ces circonstances, il est difficile de s’attendre à une justice digne de ce nom parce que pris dans la passion des batailles et règlements de compte politiques.

Et si avocats et magistrats pouvaient dépolitiser leurs argumentaires, peut-être que le droit pourrait, à nouveau, rayonner au niveau du temple de Thémis.

Assane Samb

 


Source : Rewmi.com

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