Procès Imam Ndao et Cie : La défense réclame Sarkozy

34

A la barre de la chambre criminelle spéciale, hier, Me Babacar Ndiaye, un des avocats de l’accusé Moustapha Diatta, a soutenu que c’est l’ancien Président français qui devait être poursuivi pour actes de terrorisme, et non Imam Ndao. Selon la robe noire, c’est Nicolas Sarkozy qui est à l’origine de cette situation chaotique. A lire aussi les autres plaidoiries de la défense.

 

Les plaidoiries des avocats de la défense se poursuivent à la barre de la chambre criminelle spéciale de Dakar dans l’affaire Imam Ndao et Cie. Hier, c’est Me Demba Ciré Bathily qui a ouvert le bal pour assurer la défense de l’accusé El Hadji Mamadou Ba dit Mama Ba. Le procureur avait requis à son encontre 15 ans de travaux forcés. A l’entame de sa plaidoirie, Me Bathily a indiqué que cette procédure doit être annulée. Pour étayer ses propos, il a soutenu que le contenu au fond de ce procès ne les gêne pas, mais la violation des droits des accusés doit être sanctionnée. « Il faut annuler cette procédure, elle est illégale. J’ai lu et relu cette procédure et je me suis demandé comment El Hadji Mamadou Ba dit Mama Ba a pu comparaitre devant votre juridiction pour les crimes qui lui sont reprochés ? Dans cette procédure, il y a énormément de problèmes. A aucun moment,  aussi bien dans le cadre de l’ordonnance de renvoi que dans le cadre du réquisitoire, on ne nous dit pas comment ces personnes ont commis le crime d’apologie du terrorisme », a déclaré la robe noire, selon qui son client, Mame Ba, en ce qui le concerne, n’a participé à une quelconque rencontre. Il n’a jamais eu à avoir une quelconque relation avec qui que ce soit dans le cadre de cette procédure. Suffisant pour lui de dire qu’aucune charge n’est articulée aussi sur la personne de son client par rapport au financement du terrorisme. « On ne peut pas le poursuivre pour le crime. Il n’a jamais été en rapport avec l’argent. Ce dossier est vide. J’en appelle à votre sagesse en demandant l’acquittement », a conclu Me Demba Ciré Bathily.

 

Me Babacar Ndiaye : « le ministère public cherche à attiser les feux de la peur pour soutenir son dossier »

Par la suite, la parole a été donné aux avocats de l’accusé Moustapha Diatta qui, on le rappelle, encourt 20 ans de travaux forcés. Il s’agit de Mes Babacar Ndiaye, Ousseynou Ngom, et Khouraichi Ba. Plaidant en premier, Me Babacar Ndiaye a déclaré : « nous sommes à la croisée des chemins dans laquelle nous sommes invités par la voie du ministère public. Cette invite provient également de nos autorités étatiques. Cette judiciarisation du terrorisme est née au lendemain d’un sommet portant sur la sécurité tenu à Dakar. Ce sommet était organisé pour faire face à certaines menaces qui guettaient l’Afrique, plus précisément au Nord Mali. A l’occasion, le Président de la République avait prononcé un discours violent à l’encontre de ceux qui avaient une autre vision sur l’Islam ». La robe noire ajoute : « nous touchons du bois, le Sénégal n’a jamais connu d’actes terroristes à proprement parler. Par ailleurs, après avoir écouté le réquisitoire du parquet, j’ai l’impression que le ministère public cherche à attiser les feux de la peur pour soutenir son dossier. Si on regarde avec sérénité et attention ce dossier, il n’y a aucun acte qui peut justifier l’acharnement du parquet contre les accusés ». Selon lui, on veut faire croire au tribunal qu’une entreprise terroriste état en train de se préparer. II s’agit d’une simple fiction. A en croire l’avocat, il a analysé les démonstrations du parquet mais jusqu’à l’heure actuelle, il est resté sur sa faim d’autant qu’aucune entreprise terroriste n’a été démontrée. « Je pense que toutes les parties gagneraient à ce que le ministère public puisse mettre sur la table des éléments justifiant que Moustapha Diatta a aidé la famille d’Abdallah Ba à rejoindre le Nigéria. Le droit pénal est un droit de certitude. Le droit pénal ne s’accommode pas aux suppositions. Je pense aussi que le parquet serait plus convaincant s’il était parvenu à démontrer, avec des éléments à l’appui, que Matar Diokhané et sa bande préparaient des actes terroristes ».

 

Me Ousseynou Ngom : « ce dossier est une stigmatisation de la communauté Ibadou-rahmane »

Devant le prétoire, hier, Me Babacar Ndiaye a renseigné que le simple fait d’être présent à Libye ne fait pas d’un individu un terroriste. « Ce que je ne peux ne pas admettre, c’est qu’on considère les accusés comme des djihadistes qui sont revenus au Sénégal pour y installer un camp. Malgré l’ampleur que le parquet a voulu donner cette affaire, nous sommes face à un dossier vide. C’est Sarkozy (ancien Président français) qui est à l’origine de cette situation chaotique. C’est lui qui devait être poursuivi pour actes de terrorisme », a-t-il soutenu. Parlant de son client, la robe noire a indiqué que Moustapha Diatta  n’a jamais été animé par une quelconque intention de nuire à qui que ce soit. Il éprouve de la passion à la chasse, raison pour laquelle il détenait cette arme et des munitions. Selon toujours l’avocat, Moustapha Diatta ne peut pas être poursuivi sur le simple fait que des munitions ont été trouvées sur lui. « Nous sommes en présence d’un dossier d’une montagne qui a accouché d’une souris. On a voulu faire peur, effrayer les gens pour leur dire que vous l’avez échappé bel, mais tel n’est pas le cas. Les Sénégalais sont très pacifiques. Un musulman avertit ne s’aventurerait jamais à commettre des actes de terroriste. Le Sénégal a toujours été une terre de paix et tous nos érudits qui ont participé à la propagation de l’Islam l’ont fait de façon pacifique », a conclu l’avocat, avant de donner la parole à son confrère Me Ousseynou Ngom. Ce dernier a d’emblée précisé que c’est le procès de la vérité. Seulement la vérité est difficile à dire. « Certains ont dit que ce dossier est une stigmatisation de la communauté Ibadou-rahmane. Je peux être d’accord avec eux parce que dans ce lot des personnes qui comparaissent il n’y a que des Ibadous. (…), il y a des personnes qui ont fait l’apologie du terrorisme au vu et au su de tout le monde et ils n’ont pas été traduits. Ce serait très grave qu’on dise Ibadou-rahmane égale terroriste. Ce que l’on oublie, c’est que le terme Ibadou-rahmane est un terme coranique. Ce sont des personnes qui ont choisi de vivre leur religion en respectant les préceptes de l’Islam », a dit Me Ngom, selon qui ce que le parquet a fait n’est rien d’autre que de la gymnaste intellectuelle. Le procureur a profité du fait que Moustapha Diatta a eu à échanger avec Abdourahmane Mendy (djihadiste) pour l’inculper. « Dans ce dossier, il y a une volonté manifeste de mettre Moustapha Diatta dans les liens de la détention et de continuer à l’enfoncer. Mais, je vous demande de l’acquitter purement et simplement », a encore dit l’avocat.

 

Me Khoureychi Bâ : « Ce procès est la consécration de l’échec d’une enquête couteuse, longue, bâclée fatalement dans la précipitation »

Pour finir avec l’accusé Moustapha Diatta, la parole est donnée à Me Khoureychi Ba qui, comme ses prédécesseurs, a soutenu que le procès est injuste dans son essence et dans son application. « L’accusation et le système qui la sous-tend ont fait recours à la dialectique.  La logique raisonne pendant que la dialectique argumente. Le faux engendre du faux et le vrai du vrai. Ce procès est la consécration de l’échec d’une enquête couteuse, longue, bâclée fatalement dans la précipitation. Ce procès  nous pousse à faire un constat, celui de l’irréversibilité du déclin des libertés fondamentales. Ce procès sera inscrit dans notre annale judicaire comme le procès des paradoxes. Ce procès sera gravé sur le marbre de la conscience collective des Sénégalais », a dit Me Bâ. Avant d’enchaîner : « ce procès est le premier pas sur le chemin de la recolonisation de notre pays. Ce procès est une stigmatisation d’une confrérie. La véritable problématique de l’islam est posée dans ce procès. C’est un procès de trop qui ne nous concerne en rien. On a assisté à un réquisitoire méchant. Mais quand c’est dur, les durs avancent. Ils savent que rien ne dure dans cette vie. L’Islam est la principale victime du terrorisme. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’Islam est une religion pacifiste. Dans ce dossier, l’empressement est tel que le B-A-B-A manque. Les organes de poursuites savent que le Sénégal échappe du terrorisme. On ne peut pas souhaiter un attentat au Sénégal ». L’audience a été suspendue et reprend aujourd’hui à 9 heures.

Cheikh Moussa SARR

 


Source : Rewmi.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here