Ousmane Sonko, ses «Solutions» et sa « présidentiabilité »

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Plus l’échéance de Février 2019 approche, plus les prétendants à la magistrature suprême s’illustrent. Avec la présentation du Livre-vision d’Ousmane Sonko, on peut espérer que le débat politique, d’habitude si bas, retrouvera un niveau qui nous honorera tous.

Le candidat officiellement déclaré de Pastef prend une option sérieuse en dévoilant ce qu’il pense être les « Solutions » aux nombreux problèmes auxquels fait face le Sénégal. En effet, la majorité en place ne cesse de faire le reproche à l’opposition de passer tout son temps à dénigrer sans proposer en retour, de diagnostiquer sans apporter des remèdes et par-dessus le marché de manquer de programme. Vu sous cet angle, « Solutions » ne peut qu’être bien accueilli car, au-delà des critiques acerbes dont lui seul semble avoir le secret, le leader de Pastef étale ses « solutions » qui, à leur tour, pourraient être critiquées par ses vis-à-vis comme le fut sa critique sur le pétrole et le gaz.

Plus que le contenu, l’aspect formel d’une telle démarche, l’acte en soi, devrait suffire pour susciter l’espoir d’un important pan de la société longtemps en mal avec la politique qu’ils considéraient comme un milieu malsain. La plupart des jeunes et intellectuels en étaient arrivées à se réduire en de simples spectateurs de l’ignominieux système qui, depuis l’indépendance, ne changeait que de nom. Ousmane Sonko semble réussir à réconcilier cette partie naguère boudeuse de la politique à travers ce qu’on peut considérer comme des ruses de guerre : ses sorties en tant qu’inspecteur des impôts, ses interventions dans l’hémicycle et sa plume avec déjà deux livres à son actif (diagnostic d’abord, remède ensuite). Les jeunes qui, pour la plupart sont nostalgiques de Sankara, voient à travers lui, à tort ou à raison, un deuxième Thomas parce que les idéaux semblent se confondre à tous points de vue.

Un livre-vision : une première scène politique sénégalaise

Des hommes d’Etat ont toujours eu à s’essayer à cet exercice (Mamadou Dia, Abdou Diouf, Djibo Ka, Abdoulaye Wade, etc.) mais la plupart se sont suffis à retracer leurs parcours dans des « mémoires » ou ce qui s’y apparente. Le plus prolixe parmi ces hommes d’Etat en matière de production est sans doute l’ancien président du Conseil Mamadou Dia qui, sous l’alternance, a publié en 2005 « Echec de l’Alternance au Sénégal et crise du monde libéral » et « Sénégal : Radioscopie d’une Alternance Avortée » pour dire sa déception de l’altération de l’alternance et les manœuvres politiciennes du régime d’alors. Un autre homme d’Etat à s’essayé à la pratique est le président Macky Sall avec la publication de ses « Convictions Républicaines » que ses détracteurs décrivent comme une simple compilation de discours et du déjà-vu.

Mais, la nouveauté avec Sonko se trouve dans le fait que ce soit un candidat qui se met à « nu » par la magie de la plume devant ses militants et adversaires pour leur vendre son programme. Ce livre aura le mérite d’inciter les autres à en débattre et à lui emboîter le pas de la production. Mais surtout à aller plus loin que la critique ou le diagnostic et à proposer des solutions.

Suffit-il d’un livre pour gagner une élection au Sénégal ?

La question vaut son pesant d’or si l’on en juge le recours de plus en plus permanent à l’écriture par les hommes politiques. En 2011, le candidat Macky Sall avait fait l’objet d’un livre rédigé par Diène Farba Sarr. Loin d’un livre-vision, c’était un genre de biographie qui vantait les mérites d’un homme dont la trajectoire inspirait le respect et l’admiration. Ce livre se trouvait partout y compris dans les rayons des bibliothèques universitaires et faisait la publicité d’un opposant-candidat qui allait devenir président. De même, « Solutions » servira de vitrine et de faire-valoir à son auteur même s’il ne s’agit pas là d’une œuvre autobiographique qui trace le parcours de Sonko.

Dans un pays où le taux d’illettrisme reste toujours fort, l’impact d’un livre-vision chez Macron ou Obama ne pourrait point être le même chez Sonko qui semble s’en être inspiré. C’est encore pire quand ces jeunes, qui devraient s’abreuver aux sources du livre, sentent la paresse de parcourir ne serait-ce qu’une page. L’autre haie qui pourrait se dresser devant lui dans cette course c’est le parrainage (pas que le nombre de signatures) d’abord et la manne financière ensuite. Après ce temps d’antenne acheté à la 2STV, il n’est plus à douter que le PASTEF détienne une force de frappe non négligeable sur le plan pécuniaire.

Toutefois, la rupture avec ce qu’il appelle le « système » voudrait que Sonko ne se mêle ni de près ni de loin dans des achats de conscience, corruption des électeurs, etc. tout en sachant que l’argent reste et demeure un facteur déterminant dans ces élections. C’est d’ailleurs conscient du fait que le livre en soi ne peut suffire pour gagner une élection que le leader de Pastef mande à ses militants d’aller prêcher la bonne parole à leurs familles et proches. A la satisfaction de ses militants et sympathisants, il faut reconnaître que désormais l’histoire politique du Sénégal retiendra ce nom qui aura révolutionné la façon de faire la politique et continuera de s’écrire avec lui. Qu’il soit président en 2019 ou non (ce qui semble peu probable si l’on prend en compte le monde rural où il n’est pas aussi connu qu’en ville), l’ancien inspecteur des impôts a un boulevard d’opportunités très large devant lui qui pourrait le propulser à un niveau jamais atteint d’un jeune chef de parti.

Ababacar GAYE

Source : SeneNews.com

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