Me Moussa Sarr, avocat d’Imam Ndao : «Le réquisitoire du parquet rappelle le procès de Cheikh Ahmadou Bamba contre les colons »

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La journée d’hier du procès sur le terrorisme au Sénégal a été marquée par les plaidoiries des avocats de la défense. Me Moussa Sarr et ses confrères ont soutenu que « condamner Imam Ndao serait un échec de la justice ». Les robes noires comparent le procès de l’Imam à celui du fondateur du Mouridisme contre les colons français sous prétexte que ce dernier préparait la guerre sainte.

 30 ans de travaux forcés, c’est la peine requise par le maître des poursuites contre l’Imam Ndao. Hier, ses avocats ont pris la parole pour démonter le réquisitoire du parquet afin d’obtenir l’acquittement de leur client. Les robes se posent la question de savoir pourquoi leur client a été attrait devant la barre de la chambre criminelle spéciale de Dakar. A l’entame de sa plaidoirie, Me Babacar Cissé a dit : « je ne sais pas pourquoi  Imam Ndao est attrait devant vous. Pendant deux ans, j’ai épluché le dossier et je me suis demandé pourquoi Alioune Ndao est dans le procès. Je n’ai pas trouvé la solution jusqu’à ce que le procureur fasse son réquisitoire. Le parquet a dit qu’Imam Ndao est installé dans le procès parce que Matar Diokhané avait décidé de lui confier son groupe après son retour Nigéria. Mais dans le dossier, il n’y a pas quelque chose susceptible d’être qualifiée pénalement et pourtant il a été privé de liberté pendant deux ans ». Devant le prétoire, l’avocat s’est désolé du fait qu’Imam Ndao a été détenu dans des conditions exécrables. « C’est tout ce que le Sénégal compte de forces de sécurité qui se sont déplacées pour arrêter Imam. Il pensait même que c’était des agresseurs. Est-ce que pour arrêter imam on avait besoin de brutaliser sa famille ? Pis, l’Imam a été torturé. Les enfants qui ont été à son daara au moment de son arrestation ont été traumatisés au point que certains parmi eux ont oublié les sourates qu’ils avaient apprises. Pour vous dire que c’est une descente musclée qui a été faite chez lui. Ceux qui étaient venus l’arrêter frappaient les dames et torturaient les enfants pour arrêter l’imam. Il a été humilié dans sa famille. Il a été menotté devant ses femmes, ses enfants et ses élèves pour répondre à une simple convocation. De tels agissements ne peuvent pas se faire au nom d’une quelconque loi », a déploré l’avocat, selon qui l’Imam Ndao souffre et continue de souffrir.

 « Imam Alioune Ndao est le prototype d’homme de Dieu que les Sénégalais cherchent »

Revenant sur les charges retenues contre Imam Ndao, Me Babacar Cissé a déclaré qu’ « Imam Ndao est attrait devant vous pare qu’on lui reproche tous les péchés sur terre. Pourquoi ? Parce qu’il veut vivre sa religion tel que raccommodé par Dieu. Lorsqu’un acte de terrorisme est commis, il doit y avoir des victimes. C’est insensé de poursuivre imam Alioune Ndao pour acte de terrorisme. Tout ce qu’on peut reprocher à l’imam, c’est de vouloir vivre sa religion avec ses coreligionnaires. Imam Alioune Ndao est le prototype d’homme de Dieu que les Sénégalais cherchent. C’est un monsieur humble qui aime sa religion, qui aide ses concitoyens. Il  a suppléé l’Etat dans sa carence parce qu’il fabrique des citoyens modèles. Et comme récompense, on l’attrait devant une chambre criminelle pour des accusations aussi fantaisistes les unes que les autres ». S’exprimant toujours devant le prétoire, Me Cissé a assuré que son client n’a aucune connexion avec Boko Haram. Et, selon lui, l’Imam est poursuivi pour association de malfaiteurs parce que, nous dit le procureur, Imam aurait adhéré au projet de Matar Diokhané. « J’aimerais savoir quel est ce projet ? Le seul projet qui ressort du dossier et qui a été confirmé par tous les accusés, c’est le projet agricole. Aussi, le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et l’apologie n’existent pas. Le procureur poursuit Imam Ndao pour apologie du terrorisme parce que, selon lui, ce dernier avait animé, en 2014, une conférence dont le thème portait sur la charia et le djihadiste. Si c’est l’apologie, on est dans le mois de Ramadan, tous ceux qui font le Tafsir  devraient être poursuivis pour apologie parce que personne ne peut pas faire le Tafsir sans parler de djihad ou de la charia », a-t-il dit.

 

Me Moussa Sarr : « Si j’avais le seul doute de sa culpabilité, je ne le défendrais pas »

A sa suite, Me El Hadji Basse a pris la parole. Comme son prédécesseur, il a renseigné que les faits reprochés à son client ne repose sur rien du tout. « Il n’y a plus rien dans ce dossier parce que si vous éliminez le procès-verbal, il ne reste plus rien. Et je suis convaincu que vous allez l’écarter. Dans ce dossier, on ne nous a pas dit quel est le groupe auquel Imam Alioune Ndao a accepté d’adhérer. C’est au procureur de rapporter la preuve que l’Imam Alioune Ndao savait que l’argent que lui avait confié Ibrahima Diallo avait une origine illicite ». Sans être long, Me Basse a passé la parole à son confrère Me Moussa Sarr qui a embouché la même trompette. « Si j’ai accepté d’assurer la défense de l’Imam, c’est parce que je suis convaincu de sa totale innocence. Si j’avais le seul doute de sa culpabilité je ne le défendrais pas car je suis contre la violence, contre le djihad armé. Si j’avais le moindre doute, je ne le défendrais aucunement », a-t-il dit. Avant de déclarer : « j’ai l’impression qu’on se trompe de procès. Lorsqu’on écoute le réquisitoire du procureur, on a l’impression qu’on a un procès contre Boko Haram. S’il s’agissait d’un procès contre le terrorisme ou BokoHaram, je souscrirais à l’accusation parce que je suis contre la violence sous toutes ses formes ». Devant les juges, la robe noire a indiqué que ce réquisitoire ne démontre absolument rien. Ce sont des suppositions et des incertitudes. « Méfions-nous des attitudes d’apparence.  Nous ne sommes pas en face d’un procès de Moscou. Nous sommes en face d’une chambre régie par des règles. Le parquet sait qu’il n’y a rien dans ce dossier et il a construit un réquisitoire absurde. Il n’y a jamais eu un acte terrorisme lié à un quelconque mouvement terroriste », a-t-il déclaré soutenant également que  les actes qui sont posés par le mouvement MFDC, si on s’en tient à la définition, sont des actes terroristes. « Il y a des actes terroristes qu’on appelle pudiquement mouvement irrédentiste. Et on négocie, on dépense des milliards.  Je suis convaincu que le djihad armé ne peut pas prospérer au Sénégal. Mais cela n’absout qu’on doit contrôler le pays et être vigilant ».

 

« Je doute fortement de l’existence du projet d’installation d’un Etat islamique au Sénégal »

Par ailleurs, Me Moussa Sarr a l’impression que ce procès est celui de l’Islam non confrérique. « Je suis contre l’Islam du soupçon. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas de l’Islam confrérique qu’on doit être mis au banc des accusés. L’Islam est assis sur deux fondamentaux : la paix et la tolérance », a encore dit la robe noire. Selon lui, le procès pénal est organisé par des règles bien précises. Il faut articuler les faits et les imputer à quelqu’un. Et en écoutant le réquisitoire du parquet qui n’est basé que sur des suspicions, dit-il, ça nous rappelle le procès de Cheikh Ahmadou Bamba contre les colons français, sous prétexte que ce dernier préparait la guerre sainte. 120 ans après, poursuit-il, on nous sert le même procès sur la base de simple suspicion. Heureusement que le Sénégal a changé et est devenu un Etat indépendant. Pour démonter le réquisitoire du parquet, il a rappelé que « la particularité de ce dossier, c’est que l’instruction n’a été faite qu’à charge. Alors qu’on instruit à charge et à décharge, vous verrez que l’instruction n’a fait que reprendre intégralement le réquisitoire définitif. On se demande à quoi sert un juge d’instruction si c’est de reprendre la piste dégagée par le parquet. Il ne sert à rien si ce n’est reproduire les mêmes erreurs, les mêmes fautes que le parquet. Il n’y a pas eu cette volonté de recherche de la vérité. (…) il n’y a même pas un transport sur les lieux et on dit que les champs de l’Imam Ndao servent de lieux d’endoctrinement. Si nous étions soucieux d’une œuvre de justice, on aurait désigné plusieurs juges d’instruction. Mais tout cela n’as pas été fait. Tout a été escamoté ». Me Moussa Sarr d’ajouter : « il n’a jamais été question de l’Imam Ndao dans ses réunions. Les réunions étaient pilotées par Ababcar Gueye et Moustapha Diop. Et on nous dit que tout est parti de Kaolack. C’est manifestement faux.  Le procès–verbal de l’enquête de la gendarmerie est un faux parce que contenant des éléments inexacts. Donc, il doit être écarté. Etje doute fortement de l’existence du projet d’installation d’un Etat islamique au Sénégal. On a vu des marabouts avoir des milices avec des tenues militaires, personne n’a rien dit. Allez arrêter ces marabouts ». L’audience a été suspendue et reprend aujourd’hui.

Cheikh Moussa SARR 

 

 


Source : Rewmi.com

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