Macky Sall à l’université : un hôte potentiellement encombrant et peu commode

23

En juillet 2015, Macky Sall a essuyé hués, jets de pierre et de projectiles lors de sa visite à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).  Pour le tirer d’affaire, les gendarmes à son service,  n’avaient pas laissé faire. Ils ont apporté la réplique à la hauteur de l’affront en lançant des grenades lacrymogènes. Le comportement des étudiants avait fâché à mort le directeur du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), M. Cheikh Oumar Hanne, un fidèle lieutenant du président Sall qui n’avait pas caché son indignation. Ce jeudi, à 16h, Macky Sall, attendu, de nouveau sur les lieux  et l’on imagine le dispositif sécuritaire impressionnant qui va être mis en place pour parer à toute éventualité. Chat échaudé craint toujours l’eau froide. Et Dieu sait qu’il y a de quoi susciter les colères des étudiants : l’affaire Fallou Sène par exemple.

Dans un contexte où les étudiants quelques mois plutôt étaient en  courroux suite à l’assassinat d’un des leurs sans que le tireur à ce jour ait été puni, le président Macky Sall prend le risque de se rendre à nouveau à l’UCAD.  Il y va pour inaugurer six nouveaux pavillons flambants neufs.

Six joyaux qui vont  sans doute soulager les étudiants en termes d’hébergements. Mais est-ce que l’inauguration de ces deux pavillons va calmer la colère des étudiants  sachant que la justice dans le dossier Fallou Sène tué à Saint-Louis,  n’est toujours pas faite ?   Certainement pas ! Quoique le gouvernement, suite à l’assassinat du jeune étudiant eût  été forcé de prendre des mesures allant notamment dans le sens de la revalorisation des bourses.  Ce fut  en effet, à cette occasion que la demi-bourse est passée de 18.000 FCFA à 25.000 FCFA, la bourse de 36.000 FCFA à 40.000 FCFA puis la bourse de 60.000 FCFA à  65.000 FCFA. Cette demande au moins a été bel et bien satisfaite.

Mais les étudiants n’avaient pas demandé que la revalorisation des bourses. Très ambitieux dans leurs revendications, ils exigeaient le limogeage d’un trio gouvernemental, qui vraisemblablement compte pour le régime. Il s’agit des ministres de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, des Forces Armées Augustin Tine et celui de l’Enseignement supéri et de la Recherche Mary Teuw Niane.

Le collectif des étudiants avait surtout demandé que le gendarme tireur soit identifié et puni. Mais le gouvernement n’a pas voulu céder sur ce point et a maintenu ses trois hommes forts du régime au gouvernement. Après maintes manifestations, il y a une sorte d’accalmie. Mais  est-ce que cette visite ne va pas être un couteau  remué dans une plaie encore béante ?

Où est donc le gendarme tireur ?

L’enquête sur la mort de Fallou Sène  a été bouclée comme l’avait annoncé le procureur de la République de Saint-Louis qui transmit le dossier au procureur de Dakar. Ce dernier doit recevoir des ordres de poursuite du ministre des Forces armées avant d’enclencher la procédure conformément à la procédure de la justice militaire. Apparemment c’est ce qui n’a pas été fait jusque-là. Sans autorisation expresse du ministre de l’Intérieur aucune action ne peut être engagée puisqu’il doit être ainsi pour ce qui est de la justice militaire.

Rappelons qu’en tant que chef de l’Etat, c’est la deuxième  fois que le président Macky Sall se rend dans cette institution où il est passé lui-même en tant qu’étudiant.  Le 31 juillet 2015, ce fut aussi pour l’inauguration de nouveaux pavillons qu’il y était avec son ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Mary Teuw Niane, tous les deux chaudement accueillis.

Se rappelant de l’épisode de 2015, le Directeur général du COUD, Cheikh Oumar Anne qui à l’époque a été très gêné essaie de jouer l’apaisement en tentant de dire que « cette fois-ci «la situation a changé».  Nous serons édifiez après 16 heures ce jeudi.

D’ailleurs Cheikh Oumar Hnne en personne se retrouve dans un dossier qui mérite éclairage pusiqu’épinglé lui-même par l’autorité de régulation des marchés (ARMP) pour sa gestion.

Mais à quelques mois de la Présidentielle, ce déplacement est un bon coup de communication politique en même temps qu’il permet au président de tester sa popularité ou plutôt son impopularité. Lorsqu’il aura tâté le pouls de l’UCAD, microcosme de la société sénégalaise, il pourra voir des  stratégies à adopter avec se communicants en direction de 2019. Toujours est-il que l’affaire qui avait mis toutes les universités du pays en ébullition est encore  »pendante devant la justice militaire ».

Par Noël SAMBOU

Source : SeneNews.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here