L’étrange destin des enfants talibés dans Dakar : « Des fois des gens nous traitent comme des animaux… »

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 S’il y a au Sénégal une couche dont la vie est peu enviable, c’est bien les talibés. Des innocents aux pieds nus, vêtements en lambeaux, errant dans les rues et mendiant à longueur de journée. Ce sont des enfants en générale 5 ans environ jusqu’aux jeunes adultes de 18 ans (moins nombreux. Venus en général des régions et de pays limitrophes, ils sont sensés étudier l’école au coranique auprès d’un marabout, dans la capitale. Ils se lèvent très tôt le matin, juste après la prière de l’aube pour investir les rues, mendier afin d’obtenir parfois une somme exigée par le marabout précepteur. La somme peut varier  «entre 200 et 500 F CFA, et est forcément versée sous peine d’une punition ».

Il est 9 heures quand nous faisons irruption à la corniche Guédiawaye, la grande agglomération, située au nord de la région de Dakar. Ce département fait partie des plus peuplés au Sénégal. C’est aussi là où la mendicité semble plus visible.

Nous sommes à la corniche, plus précisément au « marché jeudi ». Ici, le trafic est dense. Beaucoup de voitures vont et viennent. Les talibés prennent les risques en traversant la route comme bon leur semble sans se soucier des dangers qui les guettent. À coté d’un parking, quatre talibés y sont installés confortablement. Le plus petit, Abdoulaye (5 ans), Moussa (7 ans), Sidi (10 ans) et Oumar (15 ans) tous en provenance de Saloum, dans la région de Kaolack.

Ils ont chacun en main un pot, contenant du riz, du sucre, de la cola, des bougies…. Approchés, ils n’hésitent pas à se confier. Le plus grand, Oumar a prise la parole immédiatement après la première question. « Nous sommes de Saloum. je n’avais même pas 8 ans quand, je venais à Dakar pour être talibé », confesse-t-il , avant de poursuivre : «Je suis venu ici pour apprendre le Coran. Ce sont les parents qui m’ont amené ici en me confiant le maître coranique ».

A la question de savoir quelle somme journalière est exigée par le maître coranique, Oumar explique : « Les sommes varient selon les âges. Moi je verse 500 Fcfa par jour. Il y a en ceux qui donnent 400, 300 et même 200 Fcfa ». «En tout cas c’est trop dur, surtout pour les enfants. », a-t-il conclu.

Moussa en ce qui le concerne, ne savait même pas où exactement l’emmenaient ses parents. Habillé d’une chemise noire déchirée, d’un Jean bleu et des chaussures bricolées, Moussa confesse : « Quand je venais ici, on ne m’a pas dit où j’allais. Mes parents m’ont juste amené sans mon consentement ».

Cette vie si Moussa avait le choix, il n’opterait pas pour ça. Face à nous, il est pratiquement plaintif. D’ailleurs, le garçon aurait aimé à aller l’école française comme beaucoup d’enfants : «Ce n’est pas facile d’être talibé et si ça ne dépendait que de moi, j’allais rester auprès de mes parents pour étudier comme les élèves». «Des fois des gens nous traitent comme des animaux où comme s’ils n’ont pas d’enfants », ajoute-t-il.

Le cadet, Abdoulaye, 5 ans confesse avec une émouvante tristesse son quotidien. Étant un gamin, Abdoulaye dit ne pas savoir qui l’a amené au Dahara dit ignorer les raisons qui ont poussé ses parents à l’amener à Dakar. «Ça fait longtemps que je suis venu ici, mais je ne sais pas combien de temps je suis resté à Dakar », affirme le garçon.

L’enfant talibé doit verser tous les matins 400 Fcfa avant 10 heures. Et cela fait 9 heures que Abdoulaye est sur le terrain et il n’avait obtenu que 135 Fcfa. Ont-il réellement le temps d’apprendre le coran pour lequel ils sont supposés être amené à Dakar ?  « Pour ça on se lève très tôt le matin pour aller chercher cette somme sinon on nous frappera », explique le garçonnet, dépité de cette vie de mendiant.  «Je veux rentrer chez moi », confie-t-il avec une ère triste.

La situation des enfants talibés n’est pas du tout désirable. L’Etat devrait tout faire pour mieux organisé l’apprentissage du coran. Renforcer la construction de dara modernes et appuyer les marabouts. Puisque selon certains, c’est parce que les parents emmènent leurs enfants sans contribution que le marabout les envoie mendier pour compenser leur présence chez le précepteur. Mais il se dit aussi que la mendicité est une manière d’apprendre l’humilité à l’élève. Mais arpentant les rues de la capitale du matin au soir l’on se demande à quel moment, les talibés ont le temps pour apprendre sérieusement le coran.

Source : SeneNews.com

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