Emigration clandestine : Koundam, mirroir de tous les maux

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 Il est 17h à Koundam, un quartier de pêcheurs situé à la berge du Saloum, au sud – ouest de la commune de Kaolack. Les flots sont calmes. Les rayons du soleil au zénith irradient les lieux. Ici, l’immigration clandestine a laissé des plaies béantes, si ce ne sont pas des mères de famille éplorées, ce sont des chaussures, des capuches rejetées par la mer qui échouent quotidiennement sur la plage. Reportage.

Ce jeune homme, grand de taille, de teint clair témoigne qu’un de ses frères a pris l’océan pendant le mois de Ramadan, et que c’est lui qui lui avait payé le billet jusqu’au Maroc. L’émigration clandestine ne fait pas partie de ses projets certes, néanmoins il témoigne que beaucoup de ses amis se préparent à partir : « Mon jeune frère, c’est moi qui l’ai mis sur axe. Il était pêcheur en Mauritanie et voulait passer par là bas. Mais je lui ai demandé de revenir d’abord au Sénégal pour que je lui donne de l’argent. Quand il est parti, je suis resté des jours sans nouvelles parcequ’on les avait pris et confisqué leurs téléphones. Malgré celà, j’ai des amis qui se préparent à partir après le Magal. »

L’interrogation majeure est pourquoi les jeunes sénégalais ne peuvent-ils se départir de ce phénomène ? Le vieux Ngagne dénonce une tendance suicidaire qui animerait les jeunes adeptes de la traversée de l’océan par pirogue.

 » J’ai un neveu qui, une année après son mariage, est parti en mer laissant derrière lui sa femme, il n’avait même d’enfants. Il était l’aîné de sa famille, il est mort comme ça » raconte Ngagne Diop, un septuagénaire qui habite Koundam. « Ce que ces jeunes aventuriers ne savent pas est que sans diplôme, ni métier, il est difficile de vivre en Europe, certains qui fuient le Sénégal,vivent des situations beaucoup plus catastrophiques en Europe. Aucun fils de ministre ou de député n’empruntent les pirogues pour rallier l’Espagne, ce sont seulement les fils de pauvres qui y vont, y meurent et déstabilisent leur famille » continue – t- il.

Issa, un jeune homme qui avait une fois pris les pirogues pour l’Espagne et qui  n’a pas pu rallier sa destination, est revenu sain et sauf. Même s’il désigne le chômage des jeunes comme l’un des facteurs de l’émigration, il n’oublie pas le matérialisme qui gangrène les familles sénégalaises, qui poussent leur progéniture à se rebeller et à risquer leur vie en mer.

 » Même si les parents te disent de ne pas prendre la mer, ils n’oublient jamais de t’humilier à chaque évènement familial, te rappelant que tu ne sers à rien parce que tu n’a pas d’argent. À chaque fois que tu allumes la télé ou le ventilateur, ils te grondent en te disant que les factures sont chères, même pour faire la lessive avec l’eau du robinet on demande la permission  » se désole le jeune rescapé.

Pour Adama Woury Diallo, une dame de teint clair très connue à Koundam à cause des ses  » tontines », personne ne doit inciter son enfant à partir en mer, quelque soit les vicissitudes de la vie, pour elle tout le monde doit s’impliquer pour la résolution du problème.

 » Moi, j’ai eu un cas avec mon fils qui est parti sans mon consentement, au moment où je l’ai su c’était trop tard. C’est pourquoi je prône l’implication des familles, de l’État pour conscientiser les jeunes à rester. Les imams doivent accentuer leurs prêches sur ce phénomène parce que perdre son fils dans les eaux de l’océan, c’est terrible » confesse la mère de famille.

À Koundam, sur les onze titulaires de l’ASC du quartier, six sont partis en mer. La majeure partie est passée par la Lybie. L’immigration clandestine demeure un problème majeur ici. Des familles pleurent leur mort encore, les flots de cette mer si proche leur rappellent leurs fils engloutis à jamais par les eaux de l’Océan.

Source : SeneNews.com

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