ContributionECHEC AU PATRIARCHE ! (Par Moustapha DIOP)

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Quel privilège, que de rembobiner le film de sa trajectoire au crépuscule de sa vie, après s’en être sorti spectateur comblé. Comblé par une vie pleinement vécue : pour soi, sa famille, sa communauté et sa nation. Cependant, très peu se laisseraient habités par ce sentiment de réconfort. L’homme étant par essence un éternel insatisfait, malgré des sommes d’effort fournis, de défis relevés et de succès glanés. Repoussant toujours par convenance ou «fétichisme» d’étrenner de son vivant, témoignages et reconnaissances ante mortem.

On peut valablement penser que Maître Abdoulaye Wade, qui refuse de rompre sous le poids des âges, puisse illustrer ce postulat. L’attribuerait-on l’usitée étiquette de ‘’Dernier des Mohicans’’ qu’il n’en serait pas vexé. Tant-il mena une vie trépidante, à l’image de ces intrépides et mythiques guerriers (peaux-rouges) qui tout au long de leur histoire guerroyèrent sans cesse pour la défense de leur intégrité.

Au fond, ne fut-il pas pendant un peu moins d’un demi-siècle (1974 création du PDS), ce «Totem» de la politique sénégalaise, où, tout tournait autour de sa personne, telle la sarabande des Sioux. Il en écrivait souvent les partitions, distribuait les instruments, tout en marquant les tempos.

Depuis sa retraite quasi-royale de Doha, on nous apprend qu’il se prépare à «venir livrer sa dernière bataille» au nom de la défense des principes bafoués de sa passion : la démocratie. «Que non, c’est plutôt sa passion filiale qui le guide et le consume» rétorquent ses irréductibles contempteurs.

Qu’importe ! L’un dans l’autre, la ferme décision de lancer son assaut final est prise. Il ne rompra pas sans batailler ferme. Ce dernier esclandre ayant pour motif, l’invalidation pure et simple de la candidature du candidat de son parti à la présidentielle de 2019, «au mépris de toute légalité constitutionnelle». Un crime de lèse-démocratie, qui ne sera pas de tout repos pour les «intrigants».

Tout le monde retient son souffle car : autant il est nuancé dans sa philosophie (il clignote à gauche et tourne à droite), autant, il est indécrottable dans ses décisions. Oubliant (qu’il se s’appartient plus), qu’il est devenu ce – patrimoine vivant – à ménager. En face, il trouvera une adversité très dense et résolue. Tiendra-t-il le coup ? Pour avoir eu à épuiser tant de forces tout au long d’épiques combats (universitaires, militants et politiques) qui jalonnèrent sa vie. A plus d’un titre, cette bataille sera aussi honorable et vitale que les précédentes pour des raisons, superfétatoire d’expliciter. Mais, la vraie bataille à gagner, reste celle de la mobilisation.

Autrement dit : la peine d’un père – meurtri par la survenance et l’issue d’un mortal-combat fratricide (Macky et Karim) -, aurait-elle la même valeur et tonalité que de l’ire du Patriarche qui, écœuré par les errements du pouvoir de son successeur sur des questions électorales cruciales (Législature de 2017), descendit à 92 ans sur la scène pour ameuter le monde sur les faits et conséquences du plus catastrophique scrutin post-indépendance que son pays allait connaitre. Il gagna ce combat a en devenant l’épicentre et en propulsant sa «coalition-gagnante» au deuxième rang du parlement.

Récidiviste devant l’histoire, Wade a toujours été un partisan des situations et des choix extrêmes et, a toujours su slalomer entre leurs limites. Corsant ainsi au fil des challenges, sa posture de leader politique atypique. S’il choisit cette dernière hussarde pour en faire la mère de toutes ses batailles – (preuve aboutie de son dépit au paroxysme)-, a-t-il suffisamment jaugé la capacité de riposte de ceux d’en face ? Ceux-là qui – tous des ‘’Brutus’’- en puissance, enivrés par les odeurs et vapeurs du gaz et du pétrole, sont prêts à tout, arcboutés derrière l’obsession d’un 2eme mandat ; pour faire échec au patriarche.

Un diagnostic exhaustif de l’état des lieux serait donc une lapalissade pour le présent contexte. Plus concrètement, pourrait-il compter sur cette masse critique affective qui l’avait accompagné durant les législatives ? Que reste-t-il de son parti (PDS), sans cesse érodé par de récurrentes secousses sonnantes et trébuchantes, un parti régulièrement décapé par les coupes sombres d’une transhumance anoblie ?  Des adeptes utérins du ‘’SOPI’’ qui épisodiquement, tombent sous le charme des chants de sirènes sinon des soupirs de juments déambulant dans les prairies marron.

Le rapport de force prodigué par «d’éclairés politologues et analystes» pour imposer le fléchissement des méthodes dérivantes à un pouvoir qui fait feu de tout bois pour l’atteinte de ses objectifs, serait-elle la seule alternative ? Car, ce que Wade : «Invétéré démocrate» pouvait permettre en terme d’expression et d’approfondissement de la démocratie – à son propre détriment : (l’autorisation de marche à toutes les sensibilités la veille du 23 juin 2011), qui fut le prélude de sa chute, est le moindre souci de son successeur. Ici, on – Bunkerise et on gazéifie systématiquement. La journée du 19 Avril (vote du parrainage) est encore dans nos mémoires !

Mais enfin, si la confrontation devenait inéluctable, qui mieux que Wade pour dresser et impulser des stratégies opérantes. Il s’en serait passé de cette perspective tout de même. Son véritable plan à lui, c’était de créer les conditions durables pour que sa grande famille libérale règna au pouvoir (50 ans) durant. Comme il l’avait promis à une des assises de la jeunesse libérale. Sa vision était de voir, sa prospective de gouvernance portée par une plateforme générationnelle libérale à qui il aurait transmis la quintessence de son paradigme, pour un Sénégal durablement émergent, pour un Afrique renaissante.

Il aura aimé terminer comme un Mandéla avec qui, il a eu commun, le même tribut payé, pour voir sa nation progresser dans la démocratie et affranchie de la domination, de la néo -colonisation.              Il aurait souhaité être au-dessus de la mêlée comme un Deng Xiao Ping – Père du libéralisme chinois, qui se retira de la vie politique après d’âpres années de tribulations, convaincu que la Chine s’est réveillée et, partie pour être le maitre du monde économique.

Sur ce point précis, en déroulant le film de son crépuscule, point de doute que le corps du Patriarche soit flashé par des frissons intermittents de l’amertume l’échec au fils des années dû par des épreuves personnelles, les coups bas et … l’ingratitude des fils.

Moustapha DIOP           

Source : SeneNews.com

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