ChroniqueJ’ai lu « Solutions pour un Sénégal nouveau » de Ousmane Sonko (par Alhassane Diop)

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J’ai lu « Solutions pour un Sénégal nouveau » de Ousmane Sonko (par Alhassane Diop)
J’ai lu « Solutions pour un Sénégal nouveau » de Ousmane Sonko (par Alhassane Diop)

Accoucher des réflexions engageant l’avenir de toute une nation et les coucher sur un papier long de 231 pages est un acte courageux et quasiment sans précédent pour les prétendants à la magistrature suprême au Sénégal. C’est à ce jeu que le candidat Ousmane SONKO a bien voulu se livrer, relevant ainsi le débat politique national qui avait perdu son essence depuis belle lurette !

Ainsi, serait-ce pure gageure de la part d’un apprenti politique de prétendre jauger la teneur des idées de ce technocrate, orfèvre de l’Etat, formé pour le servir. Il s’agit dès lors de partager les réflexions que cet acte nous inspire. Pour le profane que nous sommes censés être, toutes les propositions économiques contenues dans le livre, quoiqu’alléchantes, sont normales dès lors qu’elles sont incubées chez un connaisseur de l’appareil d’Etat. Nous y apposons donc un avis favorable en saluant le courage manifestement lucide d’aborder clairement la délicate question du franc CFA. De tous les prétendants détenant sérieusement des chances d’être promus à la magistrature suprême aux prochaines joutes électorales, Ousmane SONKO est le seul à oser affirmer ouvertement sa farouche opposition à ce nazisme monétaire dont il prévoit par ailleurs une sortie méthodique. Ainsi, est-il tout à fait logique de conjecturer que notre politique économique, jusque-là calquée sur un schéma satisfaisant davantage l’ancienne puissance colonisatrice que nos propres besoins, va nettement changer d’orientation tant au plan stratégique que tactique. Au vu des décevantes performances depuis près de de 60 ans et au su de l’adage walaf : “kuddul tukki xamoo fu dëkk neexee*”, nous saluons cette audace d’espérer par la proposition de solutions nouvelles et surtout endogènes.

Par ce geste empreint de courage, Ousmane SONKO montre à ses pourfendeurs qui ont jusque-là rivalisé d’idées sordides dans leur stratégie de diabolisation, sa maitrise de la chose étatique et la fécondité d’un parcours professionnel l’ayant conduit à une connaissance, des plus fine, de ses arcanes.

Une chose est d’être un homme d’Etat, une autre est d’être un leader ! Même si les deux cheminent ensemble au point de devenir parfois les deux faces d’une même pièce, le leader est d’autant plus opportun à présider à la destinée d’une nation qu’il sait débusquer ce qui se cache dans le tréfonds de son peuple et le traduire en une offre politique respectable sinon louable car emplie de sagesse. C’est pourquoi nous tenons à rendre un hommage appuyé à monsieur SONKO pour la pondération qu’il a su montrer dans le traitement de questions si délicates telles que la laïcité et la pluralité identitaire, toutes deux illustrant le caractère de diversité quoique monolithique du peuple sénégalais. En ces temps où il est question de ruée manipulatrices par nos politiciens, vers des entités censées être hors manipulation politique (les confréries par exemple), il est salutaire de voir un des nôtres, par son détachement, oser affirmer sa distance critique vis-à-vis de ces formes viles de manipulation et de récupération. Par ailleurs, il est tout à fait courageux d’aborder la question du culte et de son financement. S’il n’est pas besoin d’être devin pour savoir qu’une telle réforme connaitra une farouche résistance d’une oligarchie maraboutique dont la constitution remonte au fond des âges, il nous faudra néanmoins aider le soldat SONKO dans cette tâche de nettoiement des écuries d’Augias.

La première étape d’un tel pari sera de faire de ce livre un instrument de vulgarisation dans les couches les plus éloignées du débat politique national. Il va sans dire qu’une traduction et des commentaires dans les différentes langues nationales codifiées du pays s’impose afin de permettre à chaque citoyen de pouvoir en saisir la quintessence.

A l’image de toute entreprise humaine, imparfaite de nature, le non traitement de thématiques telles que l’utilisation des langues nationales comme langues de travail et d’éducation nous a laissé sur notre faim. En effet, cette question soulevée depuis 70 ans par le Pr Cheikh Anta DIOP à travers deux articles intitulés :

  • Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ?
  • Comment enraciner la science en Afrique ?

méritait d’être abordée dans la perspective d’une refondation de l’Etat. Tout de même, nous ne saurions être d’accord sur l’idée de regroupement autour d’une famille francophone pour la bonne et simple raison que le français n’est pas une langue africaine et en connaissance des raisons ayant motivé la création de la francophonie, organisation antithétique à tout élan panafricain.

Tout compte fait, la trajectoire de ce juriste nous amène à nous demander si l’histoire de Barack OBAMA n’était pas en train de se réécrire sous nos tropiques ? L’initiative de la campagne Bokk Na nous autorise à le croire par sa forte ressemblance à la collecte de fonds en prélude de la campagne de l’ex locataire de la maison blanche. En plus du même substratum de formation juridique, il faut bien voir que ces deux figures ont eu à briguer le suffrage universel dans la même tranche d’âge : 47 ans pour l’ancien homme fort du bureau ovale et 45 pour l’étoile montante de la classe politique sénégalaise.

Il est question dorénavant de savoir si le peuple sénégalais, l’ultime arbitre, saura opérer le changement en portant au pinacle celui que beaucoup de ses concitoyens trouvent manichéen et dont les collaborateurs de militants et autres inconditionnels ne facilitent guère la tâche ! En vérité, le plus grand service que les militants de Pastef peuvent rendre à leur chef de guerre, c’est d’intégrer dans leurs actions, le fait qu’il ne s’appartienne plus. Dès lors, à charge pour eux d’accepter le boulot ingrat de faiseur de roi!

Alhassane DIOP

[email protected]
*Qui ne voyage pas de connait pas le meilleur endroit pour vivre.

Source : SeneNews.com

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