Tanor, l’incarnation du PS senghorien et dioufiste

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Le Secrétaire général du Parti socialiste sénégalais est décédé hier lundi matin, à Paris en France. Né dans un hameau, Nguéniéne, sorti de l’anonymat avec son accès au cœur de la Présidence de la République, Tanor est l’incarnation entière du PS senghorien et dioufiste. Homme politique, Tanor est aussi un grand homme d’Etat. Jusqu’au bout des ongles.

Un homme d’Etat

C’est l’un des derniers véritables hommes d’Etat que compte le Sénégal qui vient de s’en aller. Après la Présidentielle de 2019, il cherchait à pacifier les tensions nées de sa rupture entre le parti et les Khalifistes. Mais Tanor faisait face depuis des mois à une maladie qui vient de l’emporter. Que reste-il d’un homme après son passage sur terre ? R*** ! Si ce n’est ses œuvres, le sentiment qu’on garde de son existence. Pour Jean Cocteau, « le véritable tombeau d’un mort, c’est le cœur des vivants». On garde en mémoire son élégance toujours de mise. C’était un vrai discret, un homme secret et timide. Mais un cerveau. Et un négociateur hors pair. Lui, de son vivant, aura su conquérir, marquer le cœur de ses concitoyens, de par son éloquence et sa connaissance de l’Etat. Pour l’histoire politique du Sénégal, il figure désormais dans le panthéon des plus grands. Un grand commis de l’Etat. Un homme d’Etat tout court. Mais un homme discret.  Après la chute du régime socialiste en 2000, Tanor a été farouchement combattu par Wade, mais il n’a jamais déballé ni tenu des propos politiques ou des arguties d’Etat délicats. Pourtant, il est un grenier de connaissance de choses sensibles sur des questions historiques et délicates. Mais jamais il n’a dit en public des confidentialités ou des secrets d’Etat.

Une longue carrière ministérielle

Longtemps ministre sous Abdou Diouf, Ousmane Tanor Dieng était devenu l’une des plus grandes figures contemporaines du socialisme en Afrique. Allié du président Macky Sall depuis 2012, Ousmane Tanor Dieng était la troisième personnalité de l’État du Sénégal. Nommé président du Haut Conseil des collectivités territoriales par Macky Sall, il dirigeait cette institution depuis 2016. Il a été conseiller du premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, ensuite directeur de cabinet d’Abdou Diouf, le successeur de ce dernier. Ousmane Tanor Dieng a été ministre d’État, chargé des Affaires présidentielles d’Abdou Diouf, auquel il avait succédé à la tête du PS après la défaite de cette formation politique à l’élection présidentielle de février-mars 2000. Candidat sans succès aux élections présidentielles de 2007 et 2012, Ousmane Tanor Dieng était ensuite devenu un allié de Macky Sall. Il l’a soutenu au second tour de la présidentielle de 2012 et était l’un de ses plus importants alliés au scrutin présidentiel du 24 février dernier.

 

Tanor et Khalifa Sall, à l’origine d’une fissure

La séparation entre Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall est née de la volonté de la direction du Ps de renoncer à une candidature du parti à la présidentielle de 2019 au profit de Macky Sall. Les uns veulent demeurer dans le Macky, les autres veulent conquérir eux-mêmes le pouvoir. Khalifa Sall et ses affidés refusent de s’assujettir à une coalition qui les annihilerait sous l’autorité d’une force présidentielle adverse qui indique la voie à suivre. C’est alors la guerre ! C’est la fin de l’histoire entre Tanor et Khalifa Sall. Toute l’épopée historique du Parti socialiste s’effondre. Le Parti socialiste sénégalais (PS, majorité présidentielle) a annoncé l’exclusion de 65 personnes dans ses rangs, dont le Khalifa Sall. Ce dernier sera emprisonné depuis mars 2017 pour de présumées malversations financières et révoqué de son poste de maire de la ville Dakar. La Maison du Parti fut transformée, le temps d’une réunion avortée, en un véritable champ de bataille entre pro-Tanor et pro-Khalifa. L’ordre du jour était la position du parti sur le référendum du 20 mars 2016. Ousmane Tanor Dieng ayant pris avec le Bureau politique la position du Oui, Aissata Tall Sall et Khalifa Sall ont contrecarré en prônant le Non. Selon des confidents, le Ps fonctionne encore comme le Parti communiste chinois : le dirigisme central est sa gouvernance. On a beau débattre où on veut et ce que l’on veut, tout s’oriente vers le chef et ses affidés qui décident en dernière minute et imposent ce qu’ils veulent dans le sillage de leur calcul pro domo. Tout responsable qui épie une voie autre que celle du chef central finit par une expiation politique. Au-delà de Niasse, Djibo Ka, Mbaye Jacques Diop, Souty Touré, Robert Sagna, entre autres, ceux qui sont restés et expriment leur refus du dirigisme sont proscrits. Aissata Tall Sall, Idrissa Diallo, Youssoupha Mbow, Ababacar Diop, pour ne citer que ceux-là, sont tous devenus des bannis.

 

M BA

 

 

 

 


Source : Rewmi.com

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