Plan de guerre américain en Afrique : Africom gagne chaque jour du terrain

149

Depuis sa naissance en 2008, le Commandement unique  militaire  américain pour l’Afrique ne cesse de se déployer à grande échelle dans le continent. Les effectifs des troupes ont triplé de 2002 à 2018.

Dans un article paru dans le site du ‘’Monde’’  citant un rapport   au Congrès du Commandant des forces américaines en Afrique, le général Thomas Waldhauser  le 20 octobre 2017, il a été mentionné que ‘’ Sur les 8 000 « opérateurs » des forces spéciales américaines déployés chaque jour dans le monde en 2017, plus de 1 300 le sont en Afrique et près de 5 000 au Proche-Orient, ont précisé ces responsables sous couvert de l’anonymat. En cinq ans, leur nombre sur le continent africain a triplé : ils n’étaient que 450 en 2012’’.

Cette augmentation des effectifs va de pair avec celle des bases permanentes dont la seule connue est celle de Djibouti non loin de la seule base chinoise en Afrique.

Mais il est indiqué dans la même source que ‘’Les Etats-Unis n’ont officiellement pas d’autre base sur le continent que celle du camp Lemonnier, à Djibouti. Mais les forces spéciales, qui regroupent des unités d’élite de l’armée de terre (les « bérets verts »), de la Navy (les fameux Navy Seals), des Marines et de l’armée de l’air, utilisent aussi la base aérienne de Moron, dans le sud de l’Espagne, pour leurs opérations en Afrique’’.

Et s’il ne s’agissait que de cela. Dans un article intitulé ‘’La Machine de guerre étasunienne en Afrique’’, de Nick Turse publié en mai de l’année dernière, exploitant également des documents de Africom,  il est fait mention de la stratégie opérée et qui se traduit par de nombreux points d’ancrage, au nombre de 46, assimilés à des bases permanentes et temporaires lesquelles, selon lui, ont été ‘’dissimulées’’. A l’en croire, « Au total, pour l’année financière 2015, les emplacements proposés seront 2 FOS, 10 CSL et 22 CL », indiquent les documents. Au printemps 2015, le nombre de CSL avait déjà augmenté pour s’établir à 11, selon le général David Rodriguez de l’AFRICOM, afin de permettre aux forces étasuniennes de réaction aux crises d’atteindre des points chauds potentiels en Afrique de l’Ouest. Une annexe au plan, également obtenue par Tom Dispatch, répertorie en fait 23 CL, pas 22. Une autre annexe mentionne un autre emplacement de contingence’’.

Aujourd’hui, selon le porte-parole de l’AFRICOM, Chuck Prichard, le nombre total de sites est passé des 36 sites cités dans les plans de 2015 à 46 – un réseau composé désormais de deux avant-postes, de 13 sites de sécurité coopératifs et de 31 emplacements de contingence.

Le Sénégal fait partie des zones stratégiques ciblées avec une présence militaire américaine, un appui en formation, en logistiques dont deux nouveaux bateaux réceptionnés en février de cette année, un don d’Africom.

Du fait des accords de défense signés en mai 2016 et surtout de sa position stratégique, le Sénégal offre aux États-Unis une opportunité  toujours rêvée de ‘’s’implanter’’ au pays de la Téranga malgré les négations officielles.

Dakar avait déjà offert sa collaboration dans ce sens lors de la crise d’Ebola dans les pays voisins du Sénégal et cela a ouvert les portes à une autre forme de coopération plus poussée entre les deux pays et surtout aux accords de défense.

Déjà les Américains sont présents depuis des lustres au Cap Sikiring en Casamance et dans certaines parties du pays comme Dias, Kédougou, etc., mais la disponibilisation de l’aéroport Léopold Sédar Senghor offre des possibilités à ses partenaires du Sénégal désireux de mener leurs opérations à partir de la capitale sénégalaise.

Ce qui est important de souligner, c’est que si les Français ont tout réussi sous le régime de Macky Sall qui, selon nombre d’observateurs ne leur refuse rien, il en est de même des Américains qui, avec ce Président, ont obtenu ce qu’un autre aurait difficilement accepté.

Officiellement, il s’agit de ‘’contrer la progression des mouvements djihadistes : « neutraliser » les Chabab en Somalie, « affaiblir » le groupe Etat islamique au Sahel, en Libye ou en Egypte ou encore Al-Qaida au Mali, et « contenir »Boko Haram au Nigeria, selon des responsables des forces spéciales rencontrés récemment au siège de leur commandement, le Socom, à Tampa, en Floride’’ et cités par ‘’Le Monde’’.

Et dans ce cas, que font les Africains ? Ils croisent les bras ? C’est pourtant leurs combats que certains pays comme le Tchad mènent assez bien.

Mais la tutelle sécuritaire a l’avantage de cacher une tutelle en renseignements et des privilèges économiques et politiques liés à ‘’l’effort de guerre’’.

Le retour des Etats-Unis sur le plan sécuritaire en Afrique a l’avantage pour ce pays d’amorcer son influence économique, domaine dans lequel il a longtemps été absent, devancé par l’Europe. Et comme la Chine et d’autres pays frappent aussi à la porte, l’Europe s’appuie sur son allié américain pour davantage occuper le terrain dans le souci d’instaurer une hégémonie.

Les Américains ont la chance de trouver une Union africaine passive dont les condamnations se limitent à certaines déclarations et des Chefs d’Etat dont la seule préoccupation et leurs réélections même au-delà des mandats admis.

Pendant ce temps, la recolonisation de l’Afrique se remet en marche.

Georges Emmanuel Ndiaye


Source : Rewmi.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here