Moment fatidique pour la RDC, tout le peuple retient son souffle en cette veille d’élections

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Moment fatidique pour la RDC, tout le peuple retient son souffle en cette veille d’élections
Moment fatidique pour la RDC, tout le peuple retient son souffle en cette veille d’élections

Au vu de la situation électorale qui sévit actuellement à la République Démocratique du Congo, le pays se dirige inéluctablement vers le chaos. Affaiblie par son économie très mal en point, la RDC qui essaie encore de sortir de sa torpeur, voit sa stabilité et cohésion sociales vaciller de jour en jour. Pour ne rien régler, l’élection présidentielle du dimanche prochain vient ainsi jeter de l’huile sur le feu qui couvait déjà dans tous les secteurs de la vie de cette nation.

Depuis que le compte à rebours de la présidentielle a été déclenché, la République Démocratique du Congo voit resurgir les démons de la division. Entre jeux de ruses, supercherie et fraudes, l’opposition et le pouvoir se regardent en chien de faïence, se surveillent et parfois en viennent aux mains. La-non candidature du président sortant devrait pourtant faciliter ou du moins apaiser le scrutin. Mais loin s’en faut puisque Joseph Kabila, qui a été aux manettes entre 2001 et 2018, a son dauphin qu’il voudrait sûrement voir triompher. Le jeu du futur ex-président n’est pas du tout franc d’abord avec les nombreux reports du scrutin, ensuite avec les machines à voter, une innovation majeure mais très décriée par l’opposition.

Le rôle de Joseph Kabila dans le pourrissement de la situation

Pour avoir reporté l’élection à maintes reprises, à cause d’une boulimie certaine d’un pouvoir qu’il devait quitter depuis 2016, Kabila est sans nul doute le principal artisan du chaos qui guette la RDC. Si les élections étaient tenues à date échue, l’on serait loin de cet excès de méfiance et de défiance de la part de l’opposition. Tout récemment, les machines à voter (ou à voler, c’est selon), sont décriées au point que des membres de l’opposition ont mis le feu sur des milliers de ces appareils qui coûteraient 157 723 500 dollars au Trésor congolais.

Après avoir « hérité » le pouvoir de son père assassiné en 2001, Joseph Kabila a pu faire une transition difficile avant d’obtenir la légitimité grâce à son élection en 2006 puis sa réélection en 2011. Le suffrage universel exprimé en sa faveur lui conférait ainsi un mandat de cinq ans. Cependant, avec des subterfuges et du forcing, le président congolais arrive à prolonger son mandat de presque deux ans. Ces deux ans ont été une période de tension permanente et de manifestation de colère ininterrompue. Une crise politique s’installe ainsi et interpelle toutes les forces vives de la nation au premier chef l’église catholique.

Grâce à l’église donc, l’accord de la Saint-Sylvestre a été signé le 31 décembre 2016 après trois semaines de négociation pour rétablir un ordre social longtemps perturbé. Les nombreux subterfuges auxquels Kabila fils s’est livré ne s’arrêteront pas avec cet accord puisqu’un an après beaucoup d’engagements, notamment la tenue d’une élection, ont été violés par le régime. Le bilan économique peu reluisant du chef de l’Etat sortant, qui n’a pas tenu ses promesses pour ce qui concerne les secteurs névralgiques tels que les infrastructures, la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité, le logement et l’emploi a contribué à réveiller le ras-le-bol du peuple. Le taux de chômage reste toujours élevé sous le magistère de Joseph Kabila même si celui-ci parle d’une réduction de 15% depuis 1997. Même si le taux d’endettement public affichait au troisième trimestre de 2018 les 20,68% contre 12,31% pour la dette extérieure, il reste vrai que le pays a toujours une économie très mal en point qui l’a relégué à la 184ème place sur 190 pays dans le classement Doing Business 2017.

La répression contre les organisations citoyennes et partis politiques

Un pouvoir aux abois cherche toujours des boucs-émissaires. Acculé de toutes parts et en perte de légitimité, avec des manifestations qui ont fait 53 morts en2014, le président Kabila use de la force pour préserver son pouvoir.  Sur le chapitre des atteintes aux droits et libertés publiques, il y a la manifestation des chrétiens réprimée dans le sang le 31 décembre 2017. Le motif de ce rassemblement anti-Kabila était de dénoncer la violation de l’accord de la Saint-Sylvestre. Encouragées par un Kabila désireux de s’éterniser au pouvoir, les forces de l’ordre répriment dans le sang d’autres manifestations des chrétiens  les 21 janvier et 25 février 2018. La crise atteint son apogée après que les forces de l’ordre ont tiré des balles réelles et tué 18 personnes. Le président Kabila, comme pour s’en réjouir, affirmait tout simplement : « Jésus-Christ n’a jamais présidé une commission électorale ».

Des figures de proue de la lutte pour le changement (LUCHA)  ont été arrêtées lors d’une manifestation contre le pouvoir le 25 Avril 2018. Des morts, on en compte dans le rang des activistes qui ont subi les affres de ce régime avec notamment l’incendie du domicile de Luc Nkulula, un membre influent du mouvement LUCHA. En effet, l’interpellation par le pouvoir congolais des membres du mouvement Y’en-à-marre venus répondre à l’invitation de « LUCHA » en 2015 s’expliquait par le simple fait que Kabila voulût clouer le bec à tous ceux qui oseraient le critiquer. Le rejet des candidatures de Jean Pierre Bemba et Moise Katumbi, deux grands noms de l’opposition,  a déclenché des mobilisations ensanglantées et excessivement réprimées.

En 2017 déjà, le Bureau Conjoint des Nations Unies des Droits de l’Homme incriminait le régime Kabila en révélant beaucoup de cas de violation des libertés. L’organisme disait en termes clair que « les autorités congolaises ont imposé de plus en plus de restrictions injustifiées et /ou disproportionnées aux libertés publiques ».  A sa suite, Human Rights Watch faisait une lecture similaire de la situation le mois d’Aout passé. Selon l’ONG, « les forces de l’ordre ont lancé des gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles pour disperser des dizaines de milliers de partisans qui s’étaient réunis pour accueillir le leader de l’opposition, et ancien vice-président Jean Pierre Bemba dans la capitale Kinshasa, blessant au moins deux personnes

Machines à voter : les appareils qui risquent de jeter le pays dans le chaos

La question nodale dans le rapport de forces qui persiste aujourd’hui entre opposition et pouvoir congolais est l’utilisation des machines à voter pour les élections du 23 Décembre 2018. L’opposition flaire un parfum de triche et de ruse de la part du régime en place qui tient coûte que coûte à ces appareils électroniques. Cette question cristallise les passions les plus folles et a été à l’origine des incidents survenus dans un dépôt de Kinshasha dans la nuit du 12 au 13 décembre où 8 000 machines furent brûlées. Cela fait suite à l’appel de l’appel de Jean Pierre Bemba de lutter contre « la plus grande fraude électorale jamais vue avec des machines électroniques qui n’ont été testée nulle part dans ce monde ». Et pourtant la Corée du Sud qui a fabriqué ces appareils a déconseillé leur utilisation de même que des experts britanniques avaient identifié 15 risques liés à son utilisation. Ce qui veut dire que les machines à voter ne sont pas du tout fiables.

La réponse du gouvernement après l’incendie du 13 a été très ferme. Le porte-parole, Lambert Mende, affirmait que « le gouvernement de la république n’entend en aucune manière abdiquer de sa responsabilité régalienne de sécuriser le processus électoral ainsi mis en danger par ces pyromanes sans foi ni lois ». Au vu des actions de l’opposition et des réactions du gouvernement qui ont fini par installer une situation préélectorale très tendue, il n’y a pas à douter que les élections ne seront pas une affaire de gentlemen au Congo. Beaucoup de violence émaille en effet la campagne électorale dont le déroulement augure de lendemains à tout le moins crispants. En voilà encore un pays d’Afrique où il semble valoir mieux vivre dans l’inconstitutionnalité que d’organiser une parodie d’élections transparentes, prémisses d’un chaos inévitable.

Ababacar GAYE

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Source : SeneNews.com

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