« L’opposition ne doit pas aller au dialogue parce que… »

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Dr Bababcar Diop, Secrétaire général des Forces démocratiques du Sénégal (Fds) a été, ce samedi, l’invité du Grand Oral. Sur les ondes de la 97.5 Rewmi FM, il est longuementrevenu sur l’actualité national, notamment l’appel au dialogue lancé par le Président de la Macky Sall. Morceaux choisis.

 Vous êtes à la une de l’actualité depuis quelques jours à travers la position des Forces démocratiques du Sénégal qui se montre, visiblement, contre le dialogue lancé par le Président Sall. Pourquoi êtes-vous contre ledit dialogue?

Non. Nous ne sommes pas contre le dialogue et nous ne pouvons pas être contre un dialogue parce que nous sommes pour la paix civile et nous sommes pour la stabilité de ce pays. Nous plaidons pour la paix, mais l’on ne peut pas parler du dialogue de Monsieur Macky Sall sans pour autant revenir sur la trajectoire de notre démocratie depuis 2012, c’est-à-dire les événements qui ont marqué cette démocratie avec des actes qui ont participé à un processus de destruction et de déconsolidation de cette démocratie qui fait que les acquis démocratiques sont aujourd’hui systématiquement remis en cause au Sénégal. Ce qui fait qu’au moment où nous parlons, nous sommes dans une « sécheresse démocratique », si je reprends le professeur Abdoulaye Bathily. Nous avions une démocratie électorale, le degré zéro de la démocratie. Mais cette démocratie électorale, à travers le code consensuel de 1992, avec la commission de 1997, nous avait permis d’avoir des alternances, avoir un jeu politique, avoir une démocratie apaisée. Cependant, c’est cette démocratie-là qui est systématiquement menacée par Macky Sall depuis qu’il est venu.

 Comment menace-t-il cette démocratie?

Vous voyez que toutes les réformes de Macky Sall ont participé à affaiblir les institutions. Je pense au parrainage qui lui a permis de sélectionner les candidats qui devraient participer à la présidentielle. Il n’y a pas eu de discussions sérieuses pour mettre en œuvre le parrainage. Une réforme de cette nature nécessite des discussions sérieuses avec l’ensemble des acteurs. Pour les législatives, ça a été instrumentalisé par le Gouvernement. La plupart des listes sont des listes qu’ils ont préparées, qu’ils ont financées et à qui ils ont demandé simplement de se préparer. Quand le ministère de l’Intérieur avait demandé aux partis politiques de déposer leurs dossiers de candidature, on s’est retrouvé avec une centaine de listes. Les modalités d’application du parrainage ont posé des problèmes au niveau du Conseil constitutionnel qui n’avait pas les outils techniques réellement pour bien appliquer les textes. Ce qui s’est passé c’est quoi? C’est que le Premier ministre avait dit qu’on n’aura pas plus de 5 candidats et finalement, on s’est retrouvé avec 5 candidats. Je pense aussi à l’instrumentalisation de la justice. Il a utilisé la justice pour écraser ses adversaires, pour écarter des adversaires. S’il n’y a pas une indépendance de la justice, nous n’avons plus d’institutions crédibles. Et, vous avez vu comment la justice a été instrumentalisée pour des règlements de comptes politiques, pour casser des adversaires politiques (Karim Wade). Pendant ce temps, Cheikh Omar Hann, tout le monde a vu la manière dont il a géré le COUD. Il a été épinglé par le rapport de l’Ofnac. Il y’a aussi Siré Dia de la Poste, Mame Mbaye Niang et la Bamboula au conseil économique, social et environnemental (Cese). Donc, on se retrouve face à une justice sélective. Donc, toutes les réformes ont participé à déconsolider la démocratie. Les pratiques politiques de Macky Sall ont participé aussi à déconsolider cette démocratie.

Pour revenir au dialogue, que reprochez-vous à ceux qui ont décidé de répondre favorablement à l’appel du dialogue?

Nous ne sommes pas contre un dialogue politique,mais il faudrait que ce dialogue soit un dialogue sincère, un dialogue franc, un dialogue qui peut participer à la consolidation, à l’élargissement et à l’approfondissement de notre démocratie. Le dialogue tel qu’il est structuré par le Président Macky Sall pose d’abord des problèmes de fond et c’est un piège si vous lisez les termes de référence. Les termes de référence sont très faibles et n’ont aucune perspective démocratique. Ils offrent simplement une perspective électoraliste qui fait que la société va finalement comprendre que ce qui intéresse la classe politique, ce sont simplement les questions purement électoralistes. On nous demande de discuter sur le parrainage, le fichier électoral, le mode d’élection, des modalités d’organisation,… Je dis que les réformes de Macky Sall ont participé à affaiblir les institutions mais, si dialogue devrait avoir lieu, il doit avoir trois objectifs. D’abord la consolidation de la démocratie, l’approfondissement, l’élargissement donc de cette démocratie. Ensuite, institutionnaliser certaines pratiques politiques pouvant permettre la consolidation de cette démocratie. Enfin, la construction d’une administration électorale, crédible des élections. Ces termes de référence-là ne permettent pas un dialogue franc, mais aussi un dialogue qui permet aux citoyens de participer. Il y a aussi la crise de la représentation que montrent ces termes de référence (…). Il faut un débat de fond sur notre démocratie. L’opposition ne doit pas aller au dialogue avec ces termes de référence. C’est un piège. Ces termes de référence ne respectent pas les Sénégalais, ne respectent pas les citoyens et ne sont pas conformes avec la trajectoire de notre démocratie.

En quoi ces termes de référence constituent-ils un piège?

La référence reste 1992. C’est de manquer d’ambition que de continuer de faire de 1992 une référence politique sans perspective. C’est vraiment manquer d’ambition. Je dis qu’il faut donner une perspective démocratique. Pour moi, la démocratie travaille sur deux axes : la légalité et la souveraineté populaire. Aujourd’hui, on a confondu libéralisme et démocratie, c’est deux choses différentes. Mais la démocratie, c’est la légalité et la souveraineté populaire. On pouvait inscrire au cœur de ce dialogue quelque chose qui me semble important : le référendum d’initiative citoyenne. Ce qui fait que le citoyen, même après l’élection, a les moyens de participer dans le jeu politique. Le référendum d’initiative citoyenne ou le référendum d’initiative populaire fonctionne avec quatre modalités. D’abord le referendum législatif qui est de permettre aux citoyens, après avoir réuni un certain nombre de signatures, de proposer une loi au niveau de l’Assemblée nationale. Le référendum abrogatoire, c’est de permettre aux citoyens, après avoir réuni un certain nombre de signatures fixé par la loi, d’abroger une loi. Ou bien un référendum constitutionnel qui est de permettre à des citoyens, après avoir réuni un certain nombre de signatures fixé par la loi, de modifier donc la Constitution. Enfin, le référendum révocatoire est utilisé dans certains pays en Amérique latine. C’est la revendication des gilets jaunes en France. Après l’élection, celui qui est élu échappe aux citoyens. Il fait ce qu’il veut et ce qu’il a envie de faire. Ce référendum permettra à des citoyens, après avoir rassemblé un certain nombre de signature, de démettre une autorité élue. Regardez le Président Macky Sall, avec sa dernière réforme supprimant le poste du Premier ministre, il n’en a pas parlé durant la campagne. Cette suppression ne figure pas dans son programme. Cette réforme n’est pas inspirée par les assises nationales ni par la commission nationale de réforme institutionnelle. Finalement, cette réforme était simplement dans la tête de Macky Sall.

Cheikh Moussa SARR

 

 

 


Source : Rewmi.com

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