Images obscènes, écoutes et enregistrements téléphoniques: enquête au cœur des Sextapes

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Chaque jour, vidéos, photos obscènes, écoutes et enregistrements téléphoniques circulent sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas une première. Souvenez-vous des filles de Grand Yoff Anna et Cie, la fille des Parcelles Assainies Ramatoulaye Djigo, le cas de la fille d’une célébré école à Dakar, ces affaires de mœurs qui avaient déferlé dans le quotidien des Sénégalais. La vidéo sexuelle de 11 secondes, où l’on voyait la chanteuse Mbathio Ndiaye jouer avec son intimité reste frais dans les esprits pour ne citer que ces cas.
 
La pornographie via les réseaux sociaux ne choque plus
 
Le sociologue Aly Khoudia Diaw pense qu’«au Sénégal, il semble se produire ce que nous appelons un nivellement par le bas, c’est-à-dire un système par lequel l’excellence, l’exemplarité,  le référentiel n’est plus cultivé. C’est cette culture de la ressemblance à tous les niveaux qui entraine la banalité, la médiocrité, le laisser-aller et le laisser-faire. Car, l’objectif visé est que tout le monde se ressemble. C’est pourquoi la pornographie, via les réseaux sociaux, avec l’apparition de plus en plus de vidéos obscènes conduisant au chantage, va se banaliser et ne choquera plus personne. Parce que tout le monde sera mis dans le même sac».
 
Pour le sociologue, les causes de ces actes sont nombreuses et variées. Il se pourrait que le recul de l’éducation, la modernisation et l’évolution de la société, l’émancipation et la liberté plus affirmée des jeunes d’aujourd’hui, combinée à l’apparition des réseaux sociaux, puissent servir de facteurs déclencheurs. «Les sextapes, les écoutes et enregistrements téléphoniques, la publication de photos intimes de personnes connues, sont une nouvelle facette de ce qu’est la crise des valeurs et des repères, l’absence d’éducation dans les familles et l’irresponsabilité des nouveaux parents caractérisées par l’inconscience, l’insouciance et la fuite en avant. Dans presque toutes les familles sénégalaises, l’ordinateur et les tablettes ont supplanté les parents dans le mental de leurs enfants. De ce fait, on grandit sans amour, sans vertus, sans repères et sans normes sociales intériorisées». Il poursuit: «On règle des comptes en enregistrant des conversations privées d’une personne que l’on se précipite de jeter sur la place publique pour le discréditer et la jeter en pâture aux vautours soit parce que c’est un adversaire politique, ou soit parce qu’on ne lui pardonne pas sa réussite sociale ou son épanouissement dans la vie. Il y a bien-sûr tous ces facteurs, mais aussi, il y a la jalousie, la haine, les rancœurs tenaces, les échecs et réussites inexpliqués et la vie des gens ordinaires, trop ordinaires, qui finit par déteindre sur le vécu quotidien de chacun d’entre nous».
 
Aly Khoudia estime qu’«au Sénégal il ne faut pas s’étonner de ce qui se passe car même si le phénomène est encore marginal, les réseaux sociaux ont le pouvoir d’amplifier les choses et de les dénuder de telle sorte qu’elles deviennent risibles et rigolotes. Et c’est justement là où se situe le drame pour ne dire le piège. Parce que ce n’est pas cela le modèle dominant de la culture de la société sénégalaise, car la légendaire «soutoura» sénégalaise n’est pas un vain mot. Ce n’est pas non plus une abstraction, mais, un construit social basé sur les valeurs morales, sur la solidarité, sur la «kersa», sur le «jom» et sur l’éducation. Et la banalisation des phénomènes sociaux déviants est le premier danger des sociétés primitives (reproduction à l’identique) car la première fois, elle est événementielle, choquante et apeurante, la seconde fois elle est juste terrible et désolante, la troisième fois elle se banalise et on en parle moins. Je pense que nous gardons encore un minimum de «soutoura» en matière de sexe, mais il faut véritablement se dire que quelque chose a changé dans la société sénégalaise, dans le comportement, dans le mental, dans la perception, dans le gestuel, dans la socialisation».
 
La femme est toujours présentée comme un objet de désir
 
« Dans les médias sénégalais, renchérit-il, la femme est toujours présentée comme un objet de désir, un objet à vendre, «xalé bou toye» et surtout une créature dont les rondeurs, (valorisées à l’écran) la réduisent à un simple objet sexuel. La société sénégalaise se résume, si on suit la logique des médias, à une affaire de «tékk deal» et de vengeance entre homme et femme, chacun voulant ruser pour tromper l’autre.   Et c’est cette image que les foyers sénégalais, surtout les enfants, intériorisent. A la longue, forcément, ils vont finir par croire que la vie, c’est ça. Or, ce n’est pas vrai. La vie au Sénégal, ce n’est pas les femmes et filles de Dakar, ce n’est pas les radios et Tv de Dakar, bref ce n’est pas la cosmopolitique dakaroise qui fait le Sénégal. Alors, oui, vous avez parfaitement raison de vous poser la question car si les choses évoluent dans ce sens, il est certain qu’on ne puisse plus nous glorifier de quoi que soit et pourtant une société a toujours besoin de s’identifier par rapport à quelque chose. C’est ce qu’on appelle une marque déposée».
 
Les risques encourus
 
Toutefois, la publication de toute image ou vidéo obscène peut engendrer d’importants risques pénaux. C’est le cas du tatoueur Djibril Ndiogou Diop plus connu sous le nom de Tyco Tatto.  Ce dernier, qui faisait des tatouages sur les parties intimes de jeunes filles avant de les partager dans les réseaux sociaux, a écopé d’une peine d’un an, dont un mois ferme avec une amende d’un million cinq-cents mille (1 500 000) francs Cfa.
                                                                                                                               
Selon Maitre Baba Diop, avocat à la Cour de Dakar, le risque pénal encouru concernant une publication d’images ou de vidéos obscènes dépend des objectifs visés. «La personne qui exploite des jeunes filles à des fins pornographiques encourt une peine d’emprisonnement qui peut aller jusqu’à 5 ans. Et pour les filles qui le font, surtout celles dont le corps est destiné au public, elles peuvent être poursuivies pour outrage public à la pudeur. Et là, elles peuvent encourir des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 2 ans. Elles peuvent être poursuivies aussi pour des faits de prostitution parce qu’on peut voir la chose à ce niveau», renseigne-t-il.
 
L’autre aspect, que Maitre Diop met en exergue, c’est la publication des vidéos ou images sans le consentement des actrices. Il y a une nouvelle disposition dans la réforme. Quand on porte atteinte à l’intimité, c’est une infraction prévue par le code pénal. Si cela est fait dans le cadre privé, vous l’exploitez dans le cadre public, vous pouvez être poursuivi du délit d’attente à la vie privée, aux droits et à l’image de la personne. Ça, c’est une nouvelle infraction. Il ajoute, pour finir, que la personne qui utilise de manière frauduleuse les images privées ou de personnes sans leur consentement s’expose.
 
 

Source : DakarActu.com

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