Discours de Macron à Ouagadougou La France dans les habits d’un Etat-supranational africain

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REWMI.COM Des discours d’hommes politiques, je ne retiens pas généralement grand-chose. La réalité est que je ne crois pas beaucoup aux discours qui, souvent, sont vite oubliés face à la realpolitik. Pourtant, je n’ai jamais oublié ce discours de Sarkozy à Dakar, qui pensait peut-être vraiment que ‘’l’homme noir n’est pas assez entré dans l’histoire’’.

Depuis, j’ai l’impression que tous les Chefs d’Etats français, de Hollande à Macron, qui s’expriment dans les mêmes conditions en Afrique, veulent simplement « effacer » ce discours pour lui ôter toute historicité.

Alors, Macron à Ouaga, hier, n’a probablement pas dérogé à la règle. Devant les étudiants de ce pays ami qu’il a préféré au Sénégal, compte tenu des poches de révolte juvénile qui se dessinent face à l’ancienne puissance colonisatrice, Macron s’est livré à une opération de charme pointillée par de salves d’applaudissements.

Il a abordé les problématiques qui se posent au monde, à l’Afrique, à sa jeunesse, à la France et à la communauté internationale, pour proposer des approches nouvelles de résolution. Il en est ainsi de l’aide publique de la France à l’Afrique qui doit certainement directement arriver aux bénéficiaires, à l’en croire.

Toutefois, il s’est érigé, par moments, en Président d’un Etat-supranational africain. Que le Président français ne s’étonne guère qu’un étudiant bukinabé l’ait confondu avec Kaboré.

Ce qui se passe, c’est qu’il y a certes de l’audace à parler directement avec la jeunesse sans passer par les dirigeants, mais cette cérémonie, dans sa forme, est exactement la manifestation de ce que Macron essaie d’éviter : ‘’la françafrique’’.

Quel président aurait le temps et l’idée d’aller donner des leçons à d’autres pays avec ce ton ? Cela ne se passe qu’en Afrique dans ses rapports toujours ambiguës avec la France.

Le Président Macron peut promettre la lune, mais les Africains ne seront pas assez dupes pour ne pas lui poser cette question : ‘’En échange de quoi… ? ‘’.
Car, à la place des beaux discours, il serait intéressant que la France laisse l’Afrique grandir. Et c’est apparemment ce qu’elle refuse.

Des amis ou des intérêts ?

Le néocolonialisme a aidé à anéantir pratiquement tous les leaders politiques africains porteurs de vraies visions, de Nkrumah à Sankara.

Cette donne qui se manifeste aujourd’hui autrement, impose les sociétés publiques françaises dont certains DG font peur même à des Chefs d’Etat.

La France a ‘’à l’œil’’ nos Etats, nous tient en respect, ferme les yeux sur certains troisièmes mandats, l’emprisonnement d’opposants, les politiques sciemment contre-productives de dirigeants africains corrompus.

Eh bien le jour où cela cessera, alors l’Afrique commencera à grandir par elle-même et à se développer.
Malheureusement, le fait de se comporter en supra-Etat avec la paternité sur la monnaie, la langue, les politiques de sécurité, l’orientation de la politique internationale et l’assistance publique au développement, a fini de nous mettre sous-tutelle avec toutes les conséquences qui en découlent.
Mon avis est qu’il faut arrêter ces discours paternalistes qui rappellent les tournées de De Gaulle dans les territoires d’outre-mer.

Entendons-nous, l’Afrique a certes besoin de l’amitié des autres Etats, mais dans le respect de sa souveraineté et de ses intérêts. Sa jeunesse, rayonnante est bardée de diplômes de toutes sortes, est prête à conquérir le monde. Mais le déséquilibre observé au niveau macro-économique mondial et dans la possibilité des populations du Nord à circuler par rapport à celles du Sud, posent la fameuse question de l’immigration clandestine, l’esclavage en Libye et les pirogues de fortune comme conséquences directes de cette suprématie du Nord, pensée, théorisée et mise en pratique depuis de longues décennies.

Les diagnostics sont faits à tous les niveaux à l’aide de la société civile, ce sont les solutions qui manquent au niveau de jeunes Etats africains aux marchés réduits et à la capacité très faible de faire face aux grandes puissances qui lorgnent leurs matières premières et qui, souvent, les manipulent ou les écrasent.

Et malheureusement, il n’est pas question pour eux de nous laisser croitre au risque de réduire leur propre capacité à nous tenir en respect.

De Gaulle ne disait-il pas que les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts’’ ?
Et si Macron n’avait fait que vouloir nous faire croire le contraire ?

Assane Samb/Rewmi quotidien


Source : Rewmi.com

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