CONCENTRATION, DANGER ! (Par Adama GAYE)

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Le plus nul des économistes sait que les monopoles ou oligopoles sont mauvais pour un pays en ce qu’ils mettent le pouvoir entre les mains de quelques-uns et faussent les règles du jeu dont la transparence est essentielle dans les économies de marché comme l’est la nôtre.

C’est là une forme de concentration toxique. Elle est à combattre. Pas seulement pour l’économie. Pour la politique, elle signifie dictature, démocratie inexistante, gouvernance univoque. Pour la religion, c’est le refus de la liberté de culte.

Bref, monopole, oligopole ou concentration sont les synonymes d’une restriction des espaces et libertés. Dans le Sénégal actuel, on voit émerger, avec l’aide d’un État affairiste, au service d’individus qui s’en repaissent, de nouvelles concentrations inéquitables et dangereuses pour le pays. C’est ainsi que sous le prétexte de soutenir des “développeurs”, mariés à ses intérêts et à ceux de sa famille, de ses pions, Macky Sall renforce les positions de gens comme Yérim Sow et la famille Aliou Sow, les Mar Thiam de Getran ou encore un certain Abdoulaye Silla, et j’en passe.

C’est ainsi que, sous nos yeux, notre État et notre pays, nos ressources sont aliénées, capturées par des clans, factions, gangs regroupés autour de l’arnaqueur suprême ayant trompé la vigilance des citoyens pour obtenir leurs votes. Macky Sall était mû par un but précis : voler les ressources naturelles et finances du pays et appauvrir le peuple.

On a vu les dégâts que son projet machiavélique cause. Le pire est à venir. Tenez-vous bien, puisqu’un plus grand danger surgit : le mariage d’intérêts économiques et politiques avec une presse qui serait forcément à leurs services. Je suis donc au regret de lire dans la presse, sans pouvoir l’attester pour le moment, que les deux journalistes, mes cadets, pourtant talentueux, ayant démissionné de GFM, le groupe de média de Youssou Ndour, en l’occurrence Mamadou Ibra et Alassane Samba, seraient de mèche avec le sulfureux Silla -nègre au service de la famille Mickey à qui déjà un marché de 150 milliards aurait été donné à Diamniadio.

Grave ! Gravissime. Gravement. Si ce qui se sussure est vrai, la démocratie sénégalaise, déjà sevrée d’une presse libre, risque d’être davantage sous éteignoir. J’espère me tromper.

La concentration et les mariages contre nature entre affairistes, politiciens et journaleux promettent de retirer le peu d’oxygène qui reste aux citoyens sénégalais. Le danger est mortel. Il n’est pas nouveau mais s’accélère. Il avait déjà pris une nouvelle dimension avec les relations adultérines entre le pouvoir et le groupe de presse, surgi de nulle part, du musicien Youssou Ndour, ou, hier, avec un autre groupe spontané, mis sur pied par Bougane, sur fond de deals infinis, de Prodac au foncier, dans l’immobilier, la monétique, la pub, jusqu’à la politique !

Le cas de Ndour est intéressant. On lui a donné un espace excessif. Maintenant qu’il tourne casaque, sentant les carottes cuites pour son bienfaiteur, et tissant sa toile de Boubs-Douanier à d’autres, il n’inspire plus confiance -si jamais il a inspiré confiance… Serait-on tenté de créer de nouveaux monstres ? Avec des journalistes et une marionnette ?

Macky joue avec le feu…

Je rappelle que dans les grandes démocraties combattre la concentration dans les médias n’est pas un exercice secondaire. Dans les années 1980, Robert Hersant, ex-collabo des nazis, propriétaire du Figaro, fut empêché de faire une razzia sur les autres médias français. Ce fut la même réaction de sauvetage de la démocratie plurielle qui a empêché aux Usa, en Angleterre et en Australie que Rupert Murdoch ait une position dominante, oligopolistique sur les médias de ces pays. Même au Nigéria, la hiérarchie militaire du pays a dû freiner le défunt magnat Moshood Abiola d’assumer le pouvoir à la suite des élections de Juin 1993 qu’il avait remportées. Accusé par le célèbre chanteur Fêla d’être au service de ITT (international Thief Thief), Abiola, propriétaire de plusieurs journaux, risquait d’être une menace pour la démocratie nigériane s’il parvenait à renforcer ses positions monopolistiques…

Au Sénégal l’alliance, l’impie trinité-média-politiciens-affairistes, est le cancer incurable qui guette le pays et son peuple. Le temps de reprendre en mains notre destin est l’enjeu qu’il pose. Il nous faut donc aller au-delà des péripéties, somme toute banales à première vue de la démission de deux journalistes, normale dans une économie de marché, pour saisir ce qu’elle peut signifier : nous sommes dans une économie mafieuse -et maintenant ils veulent contrôler nos esprits.  Après avoir volé nos ressources, notamment nos hydrocarbures, fait main basse sur nos infrastructures, avec leurs acolytes locaux et étrangers, ils tentent maintenant de trôner sur notre superstructure, médiatique, religieuse et politique, pour nous soumettre.

N’oublions pas que de telles manigances ont créé radio mille collines. Et le génocide qu’on sait. Ces criminels recrutés de tous bords et de toutes extractions, unis dans une seule volonté de capture d’Etat, doivent tous, quel qu’ils soient, sans trembler, être identifiés et mis hors d’état de nuire.

Un non ferme suivi d’actions concrètes pour mettre fin à cette entreprise criminelle plurielle – voilà la voie pour vaincre ce cancer finalement curable !

Source : SeneNews.com

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