Cheikh Béthio et Cie accablés par les témoignages

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Hier coïncidait avec le troisième jour du procès des « thiantacones » devant la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour. Des témoins ont commencé à être entendus pour élucider cette affaire dite le double-meurtre de Médinatoul Salam. Il faut dire que les témoignages d’Ousmane Sow, frère du défunt Bara Sow, et Ndèye Penda Fall, mère de la victime Ababacar Diagne, ont accablé Cheikh Béthio Thioune, le guide des « thiantacones ».

Le défilé des témoins a démarré à la barre de la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour, dans l’affaire du double meurtre de Médinatoul Salam. Les parents des victimes ont fait des témoignages qui accablent le guide des « thiantacones », Cheikh Béthio Thioune, actuellement en France pour recevoir des soins et jugé par contumace. C’est Ousmane Sow, frère de Bara Sow, l’une des victimes, qui a ouvert le bal. Devant le prétoire, il a indiqué que son frère avait reçu une bonne éducation. Mais, c’est quand il a connu le Cheikh et intégré les rangs des « thianta » qu’il a commencé à changer de comportement. Auparavant, dit-il, Bara priait, jeunait et maîtrisait le Coran, mais depuis qu’il a commencé à les (thiantacones) fréquenter, il a tout abandonné. Il soutenait que le Cheikh lui avait donné  des garanties qu’il irait au paradis après sa mort. « C’est lorsque mon frère a rencontré le cheikh qu’il a commencé à devenir malheureux. Bara était un fervent croyant, mais ces derniers moments, il a complètement changé », a-t-il indiqué. Avant d’enchaîner : « Bara n’ose même pas insulter Serigne Saliou Mbacké comme l’ont dit certains. La preuve, Bara avait trois enfants : le premier s’appelle Mame Diarra, le second Serigne Saliou et le dernier Serigne Béthio Thioune. Donc, la seule chose qui a motivé le fait que Bara soit écarté ou même tué, est qu’il y a eu des rumeurs qui disaient que Bara entretenait une relation privée avec l’une des épouses du cheikh ». Sur une question de savoir ce qu’il pense des « commandos », il a rétorqué que ce sont des gens violents, colériques qui s’en prenaient aux talibés quand ils n’obtenaient pas gain de cause.

Médecin psychiatre : « Bara Sow était une personne paranoïaque »

Face aux avocats de la défense, le frère de Bara Sow est resté stoïque car les robes noires ont voulu le faire varier dans ses déclarations. L’avocat a posé à plusieurs reprises les mêmes questions, au point d’indisposer le parquet et même le juge Thierno Niang. Les avocats ont essayé de « lui faire dire ce qu’il n’avait pas dit » à propos de l’internement psychiatrique de son frère Bara Sow. Ce dernier recevait un traitement à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye, a confirmé son frère, tout en précisant qu’il n’était pas fou. Il semble être confirmé par le médecin psychiatre, Sara Sèye, également entendu par le tribunal. L’homme de l’art a effectivement soutenu que Bara Sow a été interné à trois reprises à l’hôpital de Thiaroye parce qu’il était atteint de « paranoïa » (la personne atteinte de paranoïa est méfiante, elle se sent constamment menacée et persécutée par des personnes inconnues, ou même par son : ndlr). Auparavant, Ndèye Penda Fall, mère de la victime Ababacar Diagne, a été entendue. Triste et avec une voix tremblotante, la dame est revenue sur le mal qu’elle endure depuis que les faits se sont produits jusqu’à nos jours. A l’en croire, c’est le « Dieuwrigne » Cheikh Fall qui a amené tout le malheur chez elle. « Ce dernier a envoyé à plusieurs reprises les « commandos » du cheikh pour menacer mon fils. Ils ont même saccagé la maison que le cheikh avait offerte à Ababacar. C’est pour toutes ces raisons que j’ai dit à mon fils qu’il ne sera pas parmi les « commandos » du cheikh et c’est ce qui lui a valu tout ce malheur.

Mère d’Ababacar Diagne : « mon fils a été enterré vivant avec ses habits »

Parce que les « commandos » ne font que violenter ou menacer toute personne qui s’attaque au cheikh », a-t-elle dit. Revenant sur le jour des faits, elle a renseigné que le jour du drame, son fils n’avait pas passé la nuit chez lui. Et, c’est à travers les ondes d’une radio de la place qu’elle a entendu que deux disciples du cheikh venaient subitement de disparaître. Ainsi a-t-elle pris automatiquement son téléphone pour appeler un des amis de son fils pour s’enquérir des faits. Au bout du fil, son interlocuteur a laissé entendre : « espérons que Ababacar n’ait pas subi le même sort que bon nombre de disciples qui disparaissent subitement, de façon inexplicable ». Avant de raccrocher, son interlocuteur a encore déclaré : « ce sont des « thiantacones » qui conduisent ces personnes loin des regards. Et ces personnes ne reviennent jamais ». Avant de terminer, elle a soutenu : « quand je suis seule, je revis ces moments. Je replonge dans mon cauchemar. Nous avons souffert et nousréclamons justice. Savoir que son fils a été tué de la sorte, froidement abattu et enterré avec ses habits dans une fosse commune, cela nous a dévastés. Et, Cheikh Béthio Thioune doit payer pour ce qu’il a fait. J’entends souvent les gens dire que Cheikh Béthio s’occupe bien de la famille de Ababacar Diagne. C’est archifaux ». Par la même occasion, la veuve d’Ababacar Diagne informe que son mari est parti laissant derrière lui quatre (4) enfants nourris par leur grand-mère. Elle souhaite que ses enfants soient nourris par les auteurs du meurtre pour réparer les préjudices causés. Maguette Niassy, un des proches de Bara Sow, a été aussi entendu en qualité de témoin par le tribunal. Il est revenu sur les circonstances de la bagarre. A noter que d’autres témoins attendent d’être entendus, notamment les deux épouses du cheikh qui, on le rappelle, se sont présentées hier au tribunal de grande instance de Mbour. L’audience a été suspendue et reprend ce matin.

Cheikh Moussa SARR

 


Source : Rewmi.com

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